Dossier ACIII (1/3) | Assassin’s Creed Revolution

Dossier ACIII (1/3) | Assassin’s Creed Revolution


Assassin’s Creed III, une semaine après sa sortie s’est déjà vendu à plus de 3,5 millions d’exemplaires dans le monde, ce qui constitue tout simplement le meilleur démarrage de l’histoire de la série[1]. Vous êtes donc nombreux à avoir fait la connaissance de Connor (non, je ne m’amuserai pas à écrire Ratonhnhaké:ton tout le long de cet article), vous avez libéré les Etats-Unis de ces perfides Anglais et de leurs taxes à tout va, vous avez parcouru sans relâche la côte-est et sa zone libre, Frontière. Mais et après ?

Ubisoft, boîte française devenue un vrai ponte de l’industrie vidéo-ludique n’a pas la réputation de laisser filer une mine d’or aussi profitable qu’une série comme Assassin’s Creed (ou AC pour les intimes) et on ne peut s’empêcher de se demander quel avenir réserve la firme de Guillemot à sa poule aux œufs d’or. Ubisoft, par l’intermédiaire de Steve Masters, lead game designer d’ACIII, avait déjà déclaré avant la sortie du jeu, qu’ACIII bouclerait l’histoire de Desmond, qui n’est pas le personnage le plus populaire auprès des fans de la saga[2]. Cependant, cette déclaration peut bien vouloir dire que la série pourrait continuer à lui survivre. Une hypothèse qui semble être validée par la sortie d’ACIII: Libération sur PS Vita, dont l’action se passe intégralement dans le passé sans (trop) d’Animus, sans Desmond et tout le tralala Sci-Fi qui va avec.

ASSASSIN’S CREED REVOLUTION

Rêvons donc et imaginons qu’un nouvel Assassin’s Creed nous soit présenté mettant en scène un Connor toujours habile, traversant l’Atlantique à bord de son vaisseau l’Aquila pour rendre la pareille et prêter main forte aux révolutionnaires français dans leur tentative d’abolir la Monarchie. Après tout, si vous avez un peu farfouillé dans ACIII, vous n’êtes pas sans savoir que le Marquis de Lafayette en personne invite Connor à se rendre à Paris, ville qu’il décrit à la fois comme magnifique et pourrie de l’intérieur. Ubisoft, boite française je le répète, pourrait donc bien être tentée de se lancer dans la réinterprétation d’un événement majeur qui clôt le siècle des Lumières et qui façonnera le monde Occidental tel qu’on le connaît aujourd’hui. Le lien est d’ailleurs tout trouvé puisque la Révolution française s’inspire elle-même de la révolution américaine, ne serait-ce que d’un point de vue moral[3]. Alfred Schalck de la Faverie, essayiste sur la pensée américaine et son évolution reconnait l’influence de la Révolution américaine sur les idées qui motiveront la Révolution française.

Certes, « l’action devait être différente »[4]; la France, État alors déjà indépendant et souverain, cherchait à renverser un Monarque (Louis XVI) aux pouvoirs absolus à qui l’on reprochait une mauvaise gestion économique du pays notamment en maintenant des taxes dont ne pouvaient plus s’acquitter de nombreux paysans. La monarchie était pour beaucoup un symbole hérité de traditions jugées archaïques, complètement déconnecté du peuple, et des changements du monde.

A ce sujet, les historiens adoptent maintenant une vue plus nuancée sur Louis XVI et lui reconnaissent une vraie intelligence et de bonnes intentions malheureusement handicapées par une grande timidité et une incapacité à proposer et accepter des réformes cruciales pour le pays[5]. Ces évènements, souvent complexes, ne peuvent être simplement mis en scène avec manichéisme. Ubisoft, d’ailleurs, ne cède pas à cette facilité dans ce dernier opus et évoque des questions délicates, par exemple celle des Indiens avec qui Washington n’est pas tendre. ACIII montre aussi que les Patriotes, comme les Anglais, pensent avant tout à leurs propres intérêts, construisant un nouveau monde façonné par et pour eux principalement.

Pourquoi ne pourrait-on pas imaginer Connor débarquer en France, lui qui a contribué en Amérique à traduire ces idées en actes, pour mener la fronde populaire et aristocratique qui se transformera en Révolution. ACIII se termine en 1783, laissant largement le temps à Connor de débarquer à Paris pour assister au serment du Jeu de Paume ou de participer à la prise de la Bastille. Vivre cette Révolution et pouvoir déambuler dans les rues de Paris pendant la Terreur, contexte de répression propice à de complexes intrigues politiques, pourrait bien être grisant pour nous joueurs français désireux de revivre en pixels et polygones une partie si déterminante de notre histoire.

Cette idée, ou plutôt ce désir constitue le point de départ de cette série d’articles qui retraceront quelques uns des liens entre l’Amérique et la France, organisant un parcours américain de la ville de Paris, qui abrite quelques symboles du nouveau monde. Ce voyage terminé, nous vous proposerons un débrief maison d’ACIII, avec nos impressions à froid, une fois passée l’hystérie collective provoquée par la sortie du jeu. Ce qui nous permettra aussi de passer en revue les éventuelles améliorations et corrections apportées par les correctifs proposés par Ubisoft depuis que le jeu est disponible.


[1] Eurogamer: ventes record ACIII
[2] VG247: Interview Steve Masters
[3] A. Schalck de la Faverie, La Révolution américaine et la Révolution française dans Journal de la société des Américanistes, volume 11, numéro 11, page391, 1919. Consultable en PDF: lien
[4] Op cit
[5] Histoire en ligne: Louis XVI