BIOSHOCK INFINITE

BIOSHOCK INFINITE


A l’Attrape Geeks, on n’attendait pas particulièrement ce Bioshock Infinite. Tout d’abord parce que Bioshock 2 ne nous avait guère laissé une bonne impression. La suite de l’incroyable Bioshock sorti en 2007, se contentait du strict mininum et mis à part nous replonger de nouveau dans les profondeurs du monde de Rapture, ne nous offrait rien de croustillant en terme de gameplay et d’histoire. Alors quand on apprend que le troisième jeu de la franchise (même si Infinite ne peut véritablement être qualifié de numéro 3 à proprement parler) doit voir le jour, on ne pouvait être que circonspect. Mais c’était sans compter sur le retour de Ken Levine au poste de directeur créatif, véritable maître d’œuvre de ce nouvel opus et qui nous livre une expérience souvent digne de ce que nous avait offert Bioshock en son temps, surpassant même par moment son illustre ainé.

Je n’avais donc pas prévu de jouer à ce Bioshock, et encore moins de devoir écrire dessus après coup. Il faut dire que la pression de mon entourage de gamers était forte. Je me suis donc demandé pourquoi on m’en parlait avec autant d’insistance, les yeux tremblants et larmoyants, des tremolos dans la voix, me promettant monts et merveilles, m’assurant que je vivrais une expérience sans précédent dans le monde du jeu vidéo. Je me suis alors finalement mis à Infinite, et avant même de boucler le jeu, je savais déjà que je ne pourrais faire autrement que d’en parler. Nous y voici donc.

COLOMBIA, UN EDEN A PORTEE DE FUSEE 

Bioshock Infinite se déroule en 1912 – les plus malins auront déjà noté que les évènements du premier Bioshock se déroulent presque 50 ans plus tard – dans la ville céleste de Colombia. Finis les décors sombres, angoissants et anxiogènes du premier jeu, nous voici face à une ville lumineuse, aérée, livrant au passage d’incroyables panoramas. Le début du jeu et l’arrivée de Booker DeWitt – le joueur – à Colombia offre par ailleurs un spectacle incroyable que peu de jeux peuvent se vanter d’offrir. Si comme Jack, Booker arrive sur un îlot en pleine mer pour accéder à un phare, c’est ensuite à bord d’une capsule fusée qu’il est propulsé dans les airs, au-delà des nuages, contrairement à Jack qui s’enfonçait dans les profondeurs ténébreuses de l’océan.

La première surprise et claque que nous inflige ce Bioshock Infinite est de proposer un monde vivant. Dans le premier Bioshock, la ville de Rapture offrait un véritable spectacle de désolation, alors que Colombia semble être de prime abord une ville prospère où règnent la bonne humeur, la justice et le calme. Dès nos premiers pas dans la majestueuse cité, on ne peut s’empêcher de s’arrêter à chaque bâtiment, admirant au passage le superbe travail de direction artistique. Les petites mains d’Irrational Games se sont grandement inspirées du style architectural de l’époque, le style Beaux-Arts, qui connut un grand retentissement aux Etats-Unis à partir de 1860 jusqu’au milieu du XXème siècle. Ce style éclectique est une forme tardive de néoclassicisme qui offrait des proportions harmonieuses, usant notamment de colonnes, frontons et portiques. Le tout remixé à la sauce steampunk est mis en valeur par des effets de lumières de grande qualité, presqu’aveuglants par moments et qui donnent une tonalité chaleureuse et accueillante à la cité céleste.

TROPOSHERE D’ENFER

Le prologue du jeu nous pousse donc à l’exploration, la flânerie presque. On se balade sans arme en main, offrant des panoramas en plein écran, sans menu ou barre de santé pour obstruer notre vue. Mais Colombia n’offre pas seulement d’incroyables points de vue pour touristes, c’est une ville où la vie fourmille. Point de cadavres jonchant le sol, de bâtisses en ruine, c’est dans toute sa splendeur et à son apogée que se révèle à nous la cité. On y voit des amis parler et rire ensemble, un jeune couple prendre un café en terrasse, ou encore un autre groupe de gens bien habillés, discutant de politique. La vie semble paisible et savoir qui va gagner à la prochaine loterie semble être la seule inquiétude de ces habitants des airs.

Et pourtant… Le brio de Ken Levine et de ses équipes ressort dès ces premières minutes. En écoutant attentivement deci delà certaines conversations, on se rend compte que tout n’est pas rose. La jeune femme du couple croisé un peu plus tôt dans un café fait remarquer que le serveur avait un fort accent étranger. Une remarque raciste qui prouve bien que derrière cette apparence de ville idéale, se cache bien une société dans laquelle perdurent le racisme, l’extrémisme religieux et la censure des pensées. La ville entière semble dévouée à l’adoration de son prophète et créateur, le Père Comstock, véritable guide spirituel. On se doute bien alors que ce calme ne va guère durer et que l’arrivée de Booker dans cet éden ne passera pas inaperçue.

COLOMBIA NOIRE

Le décor est posé, Colombia s’offre aux joueurs explorateurs les plus aguerris pour livrer ses secrets les plus enfouis. Tout le charme de ce Bioshock réside en effet dans la capacité qu’a le joueur de prendre son temps entre deux fusillades bien pêchues, pour fouiner et ramasser de nombreux indices nécessaires à l’intrigue. Dans le premier Bioshock, le joueur pouvait déjà ramasser des carnets audio, témoignages enregistrés de personnages clés qui nous permettaient petit à petit de retracer les évènements qui menèrent à la destruction de Rapture. Ces carnets audio désormais appelés voxophones font bien évidemment leur retour dans Infinite, étoffant une fois de plus l’univers du jeu et se révélant indispensables pour comprendre comment et pourquoi Colombia fut créée et pour mieux saisir le lien entre certains personnages.

D’ailleurs, en plus de ces témoignages, Ken Levine et ses équipes ont jonché l’aventure de références plus ou moins subtiles. De la simple phrase faisant écho au début du premier jeu de la franchise, à des clins d’œil musicaux pourtant anachroniques, ce Bioshock Infinite est d’une richesse sans nom, que jalouserait même le roi Midas. Lorsque le prêtre aveugle pendant le prologue demande à l’assemblée de fanatiques s’il y a un nouvel arrivant, on ne peut s’empêcher de repenser à la même question que se pose le premier chrosôme croisé que l’on observe à travers une vitre dans Bioshock ; anecdotique mais jouissif. Le plus intéressant est de voir comment Levine utilise des éléments de la culture populaire pour donner de la consistance à son monde. Le nom de Colombia, par exemple, n’est pas choisi au hasard. Colombia était le surnom donné aux Etat-Unis avant qu’il ne devienne obsolète au début du XXème siècle. Tout comme la ville de Colombia qui en 1912 est elle aussi tombée complètement dans l’oubli.

LIVE AT COLOMBIA

L’utilisation de la musique illustre également bien ce propos. Ce Bioshock est truffé de références musicales, adaptées à l’époque. Lorsqu’en vous baladant dans Colombia, vous entendez une valeureuse domestique de couleur entonner Fortunate Son acapella des Creedance Clearwater Revival, il y a d’abord de quoi être surpris, surtout quand on sait que cette chanson contestataire ne verra le jour que 58 ans plus tard en pleine guerre du Vietnam. Et pourtant, elle symbolise à merveille cette lutte des classes, qui fait également rage à Colombia. Ne vous étonnez alors pas au détour d’une ruelle, d’entendre une reprise de Tainted Love au son grésillant tout droit sorti d’un vieux poste radio dans un bar populaire, de vibrer au rythme de Girls just Wanna Have Fun de Cindy Lauper, reprise en thème de fête foraine ou encore de la performance en quartet de God Only Knows des Beach Boy. Un véritable festival musical, dont l’utilisation anachronique non seulement a du sens tant elle sert l’histoire, et qui est en plus justifiée par l’intrigue et quelques voxophones bien cachés.

Je n’évoquerai pas tout de suite Will the Circle be Unbroken?, chant chrétien populaire écrit en 1907, repris magistralement dans le jeu. Parler ici de l’utilisation de ce chant, véritable fil conducteur de l’intrigue, reviendrait à balancer maintenant, tout de go, les révélations que ce Bioshock Infinite a à offrir, mais ce n’est pas pour tout de suite.

ELIZABETH, REINE CELESTE

Mais la force de ce Bioshock Infinite ne repose pas seulement sur les décors de Colombia, son univers à explorer et son ambiance sonore. Tous les joueurs qui ont bouclé ce périple aérien vous le diront, le véritable atout charme de l’aventure, celui qui fait chavirer le joueur, c’est Elizabeth. Rarement le jeu vidéo a offert un personnage si attachant, émouvant et complexe. Elizabeth durant l’aventure va évoluer, laissant peu à peu son image de petite fille naïve et victime pour afficher sa détermination et son caractère bien trempé.

Quand on fait la rencontre d’Elizabeth pour la première fois, c’est à travers une vitre sans teint. Elizabeth est retenue prisonnière dans une immense tour à son effigie, et cela depuis toute petite. Alors que l’on gravit les différents étages de cette tour, on prend conscience qu’Elizabeth, qualifiée de spécimen, est montrée à son insu, telle une bête de foire. Un traitement cruel qui pousse le joueur à éprouver de la sympathie pour la jeune adolescente. Jeune ado peut-être mais pas si fragile que ça, puisqu’elle vous accompagnera par la suite tout le long de votre aventure. Lors des phases d’exploration, il faut la voir, les yeux grands ouverts, croquer à pleine dent cette liberté subitement offerte. Alors qu’avec Booker, le joueur jauge nerveusement la situation, Elizabeth ne cesse jamais de s’émerveiller. Il y a quelque chose de touchant que de voir ce personnage, qui a vécu l’isolement, prendre vie. C’est en partie lors de ces phases qu’un lien fort se nouera entre Booker/le joueur et Elizabeth. Mention spéciale aux doubleurs du duo, Troy Baker et Courtnee Draper, qui offrent une prestation de haute volée, jamais grotesque.

C’est sur ces bonnes paroles que prend fin ce débrief, mais nous n’en avons pas fini avec ce Bioshock Infinite. L’Attrape Geeks vous livrera bien assez vite son analyse de la fin tant commentée du jeu et des possibles connections entre ce Infinite et l’illustre Bioshock premier du nom. Une analyse à savourer pour ceux qui auront fini le jeu. Pour les autres, il vous reste quelques jours.


Ce Bioshock Infinite m’a fait très forte impression, le genre d’impression qui ne s’oublie pas la minute d’après. Je ne compte plus les heures de rêverie à me ressasser certains passages du jeu, fouillant les moindres recoins du net à la recherche du petit détail qui m’aurait échappé. Je ne peux que me joindre à ceux qui m’avaient alors convaincu de vivre cette expérience et vous recommande d’avidement vous précipiter à Colombia pour y vivre un fantastique voyage.