DJANGO UNCHAINED

DJANGO UNCHAINED


Django Unchained représente  l’un des meilleurs démarrages pour un film du furieux Tarantino. Ce n’est pas seulement le cas aux Etats-Unis, mais également chez nous en France où Django et sa bande ont enchanté une ribambelle de spectateurs désireux de s’en prendre plein les mirettes.

Qui n’a pas aimé ce Django cuvée Tarantino ? Personne apparemment (on ne parlera pas de Spike Lee). Internet a aimé, Facebook a aimé, les Cahiers du Cinéma ont aimé, les grincheux ont aimé, bref il faudrait être fou pour ne pas apprécier le dernier Tarantino. Et bien à l’Attrape Geeks, on est doucement fou et on n’est pas convaincu !
« Quoi ?? »
« Qu’ont-ils dit, ces imbé***** ?? »

Relax, on vous fait marcher (du moins c’est une tentative). On est bien obligé de suivre la tendance et d’avouer qu’on était tout simplement en extase devant les dernières aventures pondues par le père Tarantino. Certes, ce n’est pas très original mais procédons alors un peu différemment pour vous expliquer pourquoi on a aimé ce Django Unchained.

Voici venir le débrief six-coups. S’il faudra bien plus de six balles pour que Django ne parvienne à ses fins, nous, on se satisfera de six raisons pour encenser le western à la Tarantino.

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TARANTINO ET LES WESTERNS

Ennio Morricone, les deux Sergio, Corbucci et Leone… Si ces noms vous sont familiers, c’est que vous connaissez vos classiques du western spaghetti, vous savez ces westerns d’origine italienne que les américains ont sarcastiquement nommés ainsi. Tarantino lui n’a jamais caché son amour pour ce genre de cinéma, et il lui avait déjà rendu un vibrant hommage avec ses Kill Bill. Enfin, surtout le deuxième, dans lequel on pouvait se délecter de purs moments de western spaghetti, sur des envolées musicales made in Morricone. Le dyptique Kill Bill mettait d’ailleurs en valeur les deux grands amours cinématographiques du réalisateur au béret ; le cinéma asiatique et plus particulièrement japonais dans le premier Kill Bill, et les westerns, surtout italiens, dans sa suite qui voit la mariée achever son périple vengeur.

Dans Django, on a un peu de tout ça, on retrouve tous les codes typiques des westerns : les grands plans magnifiques mettant en valeur les paysages sauvages, les travellings ultra rapides et ces rotations panoramiques de la caméra rappelant ces panoramas américains, larges toiles peintes représentant souvent des paysages et que l’on déroulait pour créer une succession linéaire d’images… Le tout est bien sûr remanié à la sauce Tarantino, notamment les travellings (ou zooms). Lorsque Django s’attaque aux deux frères Brittle / Shaffers, la caméra souligne avec humour la mine effarée de deux esclaves qui se demandent qui peut bien être cet inconscient qui ose s’attaquer ainsi à deux blancs. C’est plutôt jouissif, ça ne s’est certainement jamais passé ainsi, mais il y a réellement quelque chose de jubilatoire à voir Django humilier (« I like the way you die, boy ! »), fouetter et achever ses tortionnaires.

BANG BANG
TARANTINO ET LA MUSIQUE

Tout fan de Tarantino qui se respecte le sait bien, la musique dans ses films joue toujours un rôle majeur. En plus de renforcer leur côté déjanté, la musique permet aussi de mettre en avant l’état d’esprit des personnages. Voir Django se rendre aux hommes de main de Candyland sur « Freedom » du chanteur noir contestataire Richie Havens, il y a quelque chose de contradictoire et réjouissant à la fois. La version que l’on entend dans le film est la version live du film Woodstock. Tout un symbole.

Au delà de l’hommage appuyé aux films du genre, Tarantino va plus loin et dynamite le tout. Son usage du rap, qui fait son grand retour depuis les Kill Bill, souligne aussi le croisement réussi des genres, Blaxploitation et Western. Passer d’une piste d’Ennio Morricone, enregistrée directement des vinyles de Tarantino à des rythmes rap bien sentis, ça fout tout de même une pêche d’enfer. Le mieux est de se procurer la bande originale, un geste qui devient quasi automatique à chacune des sorties des films de Tarantino-san.

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TARANTINO L’ESTHETE

Qui dit Tarantino, dit images léchées et personnages charismatiques à souhait. C’est un peu sa marque de fabrique au bonhomme et c’est encore plus vrai avec ce Django qui nous offre quelques grands moments de cinéma. Prenons les scènes de fusillades par exemple, et plus particulièrement la toute dernière qui, étrangement, ne conclut pas le film, mais qui offre un véritable massacre. Les murs de la maison sont quasiment instantanément recouverts d’hémoglobine, il ne reste plus rien d’immaculé. Dans cette scène, Django ne fait pas juste étalage de ses talents de tireur, mais joue aussi l’acrobate, et le tout nous est servi par le chef Tarantino avec ralentis, gerbes de sang et cris à gogo, dans la plus pure tradition du cinéma asiatique. Comme toujours dans ces scènes de fusillades, il nous livre un zeste d’humour, et ici c’est ce pauvre avocat de feu Calvin Candie qui joue le rôle du triste sire. Aucun répit ne sera accordé au pauvre homme qui se prend balle perdue sur balle perdue. C’est bien le châtiment de ceux qui s’acoquinent avec les mauvais hommes.

On peut aussi évoquer les dialogues, souvent ponctués de répliques cinglantes, comme ces deux phrases que s’échangent Django et le répugnant Stephen, laquais sans scrupule de Candyland joué par Samuel L. Jackson :

« I count six shots, nigger ». Ce à quoi répond Django : « I count two guns, nigger ». Ce dialogue lance avec brio la scène finale, qui se vit comme un véritable exorcisme visant à chasser le mal qui hante cette maison coloniale qui a vu passer bien trop de générations d’esclaves. L’expiation ne pouvait se faire que par les flammes et c’est sur une explosion que Django accomplit sa revanche et retrouve (enfin) sa Broomhilda. Il ne le fait pas sans prendre une dernière fois la pose, dans son chic costume, menant même son cheval à effectuer des courbettes.

Une des grandes forces de Tarantino est d’arriver à offrir des scènes mémorables grâce au principe même du ridicule. L’affrontement (quasi) final démarre car Schultz refuse de serrer la main à l’affreux Calvin Candie, des cavaliers qui tentent de prendre Django et Schultz en embuscade la nuit, finissent par se crêper le chignon à cause de cagoules à la Ku Klux Klan mal ajustées. Le ridicule chez Tarantino ne tue pas, au contraire il donne vie.

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TARANTINO AND THE GOOD GERMAN

Christoph Waltz est en passe de devenir l’un des acteurs fétiches de Tarantino, s’il continue de crever l’écran comme il le fait. Son personnage, le docteur King Schultz est au cœur de l’histoire et constitue le moteur essentiel du récit. Tout d’abord, c’est lui qui délivre Django, puis qui le forme, lui apprend à tirer et la nécessité de tuer avant de lui proposer un plan pour récupérer sa dulcinée Broomhilda. Dr Schultz qui est allemand, pourtant nous fait irrémédiablement penser à un autre allemand, le colonel Hans Landa, tortionnaire sadique à la solde du régime nazi dans Inglorious Basterds. Les deux personnages partagent énormément de similitudes, au delà du fait qu’ils sont joués par le même acteur. Ils sont tous les deux très bien habillés, s’expriment parfaitement en plusieurs langues, font preuve de bonnes manières et pourtant, ils sont tous deux des tueurs. Des tueurs qui tuent car c’est l’essence même de leur métier. Cependant, il existe une différence fondamentale entre les deux, et cette différence est Django. Schultz rencontre Django et parce qu’il est ému par son histoire et l’amour qu’il éprouve pour sa femme, il décide de l’accompagner pour mener à bien sa tâche. Schultz, contrairement à Hans Landa, agit de manière complètement désintéressée et fait preuve d’un authentique romantisme, celui qui mène souvent à la mort.

Le rôle du docteur Schultz est donc un rôle de « bon », et s’inscrit en contrepoint d’Inglorious Basterds. On ne peut s’empêcher de penser qu’il y a là comme une envie de réhabiliter l’Allemagne. Si dans Inglorious Basterds, la plupart des allemands montrés ne sont que des brutes nazies, Tarantino dans Django Unchained renverse complètement la vapeur et utilise le docteur Schultz comme véritable témoin des spectateurs. C’est par ses yeux que l’on voit les pires horreurs commises, comme un homme déchiqueté vivant par des chiens (des bergers allemands) en furie. Tarantino ne fuit pas ses responsabilités, et même si l’humour est présent, le sujet central du film, l’esclavage, est un sujet sensible et sérieux.

On peut également se demander, si pour des raisons plus pragmatiques, Tarantino n’a tout simplement pas voulu filer un petit coup de pouce à Christoph Waltz, en lui donnant un rôle positif, lui qui entre Inglorious Basterds, Carnage ou encore De l’Eau pour les Eléphants, commençait à être catalogué fou-furieux de service par tout Hollywood. Si c’est le cas, c’est réussi, Waltz a entamé sa marche en avant acceptant d’être la star de Djesus Uncrossed, une parodie diffusée lors de l’émission Saturday Night Live.

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TARANTINO OU L’HOMME AUX MULTIPLES REFERENCES

Le réalisateur fantasque est également connu pour truffer ses films de nombreuses références, clins d’œil et autres facéties. Django Unchained ne fait pas exception et on ne va pas s’amuser à tout vous citer (tout simplement car on est loin de tout avoir relevé). On peut néanmoins partager quelques clins d’œil, sachant que certains sont sujets à notre interprétation propre.

Parmi les plus évidents, on peut relever un Django chevauchant un cheval blanc sans rênes et regagnant pour la dernière fois Candyland pour enfin assouvir son désir de revanche. Un autre clin d’œil assez évident et qui n’aura pas échappé aux fans du Django original est la conversation entre le Django de l’époque, Franco Nero, et le Django version 2012. Cela se passe pendant le combat des mandingues et à la fameuse réplique « The « D » is silent », Franco Nero se permet de répondre un laconique « I know ». Le fait que Nero commande une tequila n’est d’ailleurs pas anodin, la trame du Django de Corbucci se déroule pendant la révolution mexicaine. Ce genre de rencontres fait penser à Kill Bill quand la mariée fait la connaissance du grand maître Hattori Hanzo, joué par l’acteur japonais Sonny Chiba, premier acteur japonais à connaître le succès pour ses compétences en arts martiaux.

Ce qui surprend plus ici, c’est que Tarantino, comme s’il avait pris conscience qu’il avait acquis une certaine réputation, ose l’auto-référence. Certaines scènes renvoient à d’autres de ses films. Lorsque Django est sur le point de se faire émasculer, on ne peut s’empecher d’avoir une petit pensée pour Marsellus Wallace et ce qu’il subit dans Pulp Fiction. Calvin Candie lui se fend d’un « Arrivedercci » au fort accent américain qui n’est pas sans rappeler celui d’Aldo Raine / Brad Pitt, ce qui d’ailleurs le trahit auprès du colonel Hans Landa / Christoph Waltz.

Evoquons un dernier clin d’œil. A partir du moment où Django et Schultz arrivent à Candyland, on aperçoit une femme cowboy, dont le visage est masqué par un foulard rouge. On a la confirmation que c’est une femme un peu plus tard dans le film, lorsque Django échappe aux employés de la mine LeQuint-Dickey (l’un d’eux est joué par Tarantino) et revient à Candyland. Au moment où Il fait irruption dans la cabane des « pisteurs », bande de mercenaires sans scrupules à la solde de Calvin Candie (dont l’un des membres est joué par Robert Carradine, demi-frère de David Carradine, alias Bill), on aperçoit de nouveau la femme cowboy, qui avant de se faire descendre regarde une photo au stéréoscope, un appareil dans lequel on glissait des photos incurvées et qui reproduisait un effet de relief, l’ancêtre de la 3D en quelques sortes. Cette scène est intéressante, tout d’abord, précisions que la femme en question n’est autre que Zoe Bell. Vous savez, cette casse-cou blonde, cascadeuse dans la vraie vie (et doublure d’Uma Thurman dans Kill Bill 2), qui s’accroche au capot d’une Dodge Challenger de 1970 pour le fun dans Boulevard de la Mort. On peut se demander si le fait qu’elle regarde une photo en relief avant de se faire envoyer six pieds sous terre n’est pas un pied-de-nez qu’adresserait Tarantino à l’industrie du cinéma et notamment au cinéma en relief. Cela ne nous surprendrait guère.

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UN TARANTINO POUR L’HISTOIRE

Ce Tarantino nous plait, et il nous plait d’autant plus qu’il y a quelque chose de nouveau dans son cinéma. Il semble s’étoffer, ce qui lui permet même de glisser quelques références vers ses propres films. Mais ce n’est pas tout. Ce qui marque Django Unchained, c’est à quel point l’histoire et l’esclavage sont au centre du film. Tarantino s’est toujours amusé avec la violence, mais ici, il le fait sans oublier pour autant de montrer, de façon très crue, une époque terrible de l’histoire des Etats-Unis. Cela, il le doit à Inglorious Basterds. Avec son film sur la seconde guerre mondiale, Tarantino a rompu avec ce cinéma fantaisiste à la violence exacerbée pour encrer ses histoires dans des contextes bien réels eux, contrairement aux délires Kill Bill et Boulevard de la Mort. La parenté avec Inglorious Basterds est complètement revendiquée. Cependant, les scènes de violence dans Inglorious Basterds sont souvent « filtrées », dédramatisées car traitées avec décalage, et ce n’est pas toujours le cas dans Django Unchained.

Il y a deux scènes dans le dernier film de Tarantino qui montrent la violence telle qu’elle est, sans « filtre », sans décalage, ni même trait d’humour. Les deux concernent le personnage de Calvin Candie, qui devient certainement le « bad guy » le plus ignoble de l’univers Tarantino (mention spéciale à DiCaprio, impérial dans l’ignominie, lui qui devait à l’origine jouer le rôle du Colonel Landa, finalement confié à Waltz, Tarantino estimant qu’il valait mieux qu’il ait un acteur parlant l’allemand pour le rôle). La première de ces deux scènes est le combat de mandingues. Le combat, parfois suggéré et quelques fois montré, est d’une violence inouïe et complètement brut de décoffrage. On entend les os se briser, on y voit la chair exposée, la sueur se mêlant au sang. C’est proprement inhumain. Précisions quand même, que les historien américains ne pensent pas qu’il y eût des combats de mandingues comme celui-ci, les propriétaires d’esclaves préféraient les faire travailler dans les plantations, plutôt que de risquer voir leur marchandise s’esquinter lors de combats sauvages. Il faut plutôt prendre cette scène comme une hyperbole, soulignant le pouvoir absolu dont jouissaient les esclavagistes sur ceux qu’ils considéraient comme des moins que rien.

La seconde scène qui est à la limite du supportable, est celle qui se déroule en flashback, lorsqu’en écoutant Für Elise de Beethoven, Schultz se souvient de ce malheureux esclave fracassé par les combats de mandingues, se faire dévorer vivant par des bergers allemands dressés pour tuer. Le point de rupture est atteint lorsque le bon docteur Schultz, effrayé et dégouté devant tant d’abomination ne peut plus accepter que de véritables monstres qui jouent aux bourgeois européens puissent prétendre écouter son compatriote Beethoven. Ici, un esclave qui n’a plus aucune utilité se retrouve jeté en pâture aux chiens, comme un vulgaire bout de viande. On est dans une logique pure de déshumanisation, les esclaves ne devenant que des objets désincarnés et remplaçables. Si dans Inglorious Basterds, Tarantino ne montre pas frontalement les horreurs de la politique nazie, dans Django Unchained, non seulement, il montre à quel point la violence faite aux esclaves était considérée comme normale et acceptée, mais en plus, il le fait sans fard.

Malgré tout, tatillons que nous sommes, il y a bien un petit reproche que l’on pourrait formuler. C’est bien le premier Tarantino dans lequel on ne trouve aucune femme à rôle fort. On a pourtant eu Jacky Brown, Mia Wallace ou la Mariée mais dans ce Django, tout n’est qu’une affaire d’hommes. Est ce voulu ? Est ce pour mieux coller à l’ère du temps, quand seule la loi du plus fort régnait ? Peut-être bien.


Allez, on va s’arrêter là ! Tarantino a tiré un grand coup avec son Django Unchained, qui est une franche réussite. C’est un film à découvrir pour ceux qui ne l’ont pas vu, et à revoir pour ceux qui ont déjà eu la bonne idée d’aller le voir. Nous, on y retourne !

Pour les enthousiastes du cinéma de Tarantino, n’hésitez pas à nous dire ce que vous avez en pensé, si vous êtes d’accord ou au contraire, si vous trouvez qu’on s’est foutu le doigt dans l’oeil !