GRAVITY

GRAVITY


On en parle enfin ! Gravity, le nouveau né d’Alfonso Cuarón qui a renversé tous les box offices et qui a tant fait parler de lui ! Entre une campagne promo qui encensait la super-production venue d’ailleurs, la qualifiant même de meilleur film de l’année, voire de tous les temps, l’attente devenait insupportable ! Lunettes 3D sur le nez, un paquet de Maltesers déjà à demi grignotés dans la main, on trépignait d’impatience à l’idée de quitter notre bonne vieille terre pour flotter dans l’espace. 1h30 et des poussières plus tard, on est bien content d’avoir retrouvé le plancher des vaches !  

DANS LES ETOILES

Sans embages, le film s’ouvre sur un plan de la terre assez hallucinant. Dès les premières minutes du film, on est rassuré. Le spectacle est au rendez-vous. Les images et ces panoramas de l’espace sont réellement incroyables. Grace à un effet 3D maitrisé et enfin utilisé pour donner un effet de profondeur saisissant, l’impression de flotter est réelle, et cela malgré les lunettes vissées sur le nez et le voisin dérangeant qui mâche avec un peu trop d’énergie ses pop-corns !

Sans aller jusqu’à comparer avec les ténors du genre SF, Gravity commence sous les meilleurs auspices. L’espace n’a jamais paru si proche, tangible. On est sens dessus dessous, tout chamboulé de perdre ses repères. La caméra flotte gracieusement, cadre astucieusement, nous laissant toujours entrevoir notre chère terre du coin de l’oeil. A ce moment précis, on ne pense plus à rien et l’immersion est totale.

Malheureusement, on est vite rappelé à l’ordre. La rêverie ne peut durer! Ce bon vieux George tout d’abord – il fallait bien un acteur de renom pour faire monter en niveau le film – est un véritable moulin à paroles. Par radio interposée, il nous assène de petits discours bien inintéressants. Le spectacle serein et grandiose est constamment pollué par la causerie de l’ami caféinomane. En outre, quand Gravity essaie de nous en mettre plein la vue autrement que par les panoramas qu’il propose, il y a de quoi avoir peur. On entend sans cesse les conversations radio et et tout le jargon technique qui va avec. Tout ce brouhaha pseudo-réaliste contraste avec l’idée qu’on se fait de l’espace et du spectacle proposé au départ.

Bien évidement, ce calme apparent ne pouvait durer et le danger pointera bien vite le bout de son nez ! Une pluie de débris met en péril la mission et la vie de nos astronautes, George What Else Clooney et Sandra Speed Botox Bullock. On ne parlera pas du troisième larron qu’on ne voit jamais et qui, quand il parle, ne dit rien qui puisse justifier un quelconque commentaire.

Gravity passe alors de la contemplation à la catastrophe, un changement brutal et radical qui fait retomber le grand spectacle spatial sur terre. Finie la splendeur des panoramas et bonjour l’action frénétique sans queue ni tête qui donne le tournis.

SPACE RAIDER

L’allusion n’est pas très subtile mais je pense que cela n’aura échappé à personne. Gravity, c’est comme un jeu-vidéo transposé à l’écran. Beaucoup ont reproché au film un scénario rachitique, et pourtant ce n’est pas sur ce point que j’attaquerai le film. Je pense, qu’au contraire, l’intention première du film était de raconter une histoire simple qui se révèlerait être extraordinaire car elle se déroule au dessus de nos têtes. Et c’est là que le bât blesse, Gravity ne se donne pas les moyens de ses ambitions. Quitte à ne pas s’embarrasser d’un scénario, autant l’assumer jusque au bout et jouer à fond la carte de la dérive interstellaire. Malheureusement, on sent surtout après une demi-heure de film qu’il faut à tout prix justifier les motivations de Sandra cheveux raplapla Bullock. Comme si survivre n’était pas suffisant. C’est dans cette scène clé, entre ces deux acteurs aux visages bien trop familiers, que le film tente de créer l’empathie si importante pour briser la barrière de la fiction. Seulement, c’est le contraire et le film sombre avant tout dans le ridicule. Personnellement, voir cette chère Sandra aboyer à mort ne m’a fait ni chaud ni froid, et j’étais prêt à quitter mon siège, pensant l’affaire pliée.

Mais elle l’était loin de l’être! Notre héroine part donc en galère dans l’espace, tandis que le film sombre encore plus dans le ridicule. Des premiers instants poétiques du film ne resteront plus que d’interminables scènes d’action qui se succéderont à l’excès. Gravity suit donc un chemin tout ce qu’il y a de plus classique et linéaire. Bullock remplit ce qu’on appellerait dans notre jargon de joueurs des objectifs secondaires qui lui permettront d’accomplir son objectif primaire : trouver une navette pour rentrer. Comme dans un jeu, on évolue de péripéties en péripéties, toujours plus spectaculaires et impressionnantes que les précédentes ; on progresse dans les niveaux de difficulté. Jusqu’à l’ultime scène d’action, carrément terre à terre, qui ne fait que confirmer ce que j’ai pu ressentir tout au long du film : Sandra Lara Croft Bullock en petite culotte, les muscles saillants et tendus, le regard déterminé scrutant l’horizon n’est qu’un ersatz de tous ces héros issus de la culture vidéo ludique que nous avons l’habitude de côtoyer et surtout manipuler.

HORS JEU

Dans un jeu vidéo, vous incarnez avant tout le personnage que vous jouez. Même si celui-ci porte souvent un autre nom, qu’il soit Lara Croft, Nathan Drake ou Isaac Clarke, le joueur s’identifie au personnage qu’il incarne pour s’immerger dans l’aventure. Mais le joueur a surtout le loisir d’adapter le rythme de l’histoire à sa convenance, notamment en privilégiant l’exploration ou même en rejouant certains passages. L’histoire en tant que telle passe alors au second plan, sans que cela ne nuise à l’expérience. C’est exactement le contraire avec Gravity. On subit les événements les uns après les autres sans pouvoir y faire quoique ce soit – si ce n’est quitter le cinéma en courant après avoir dérobé les ultimes pop-corns délaissés par votre horripilant voisin ! Dans Gravity, il faut subir, encore subir et toujours subir jusqu’à l’overdose toute cette action frénétique.

Au bout de la 4ème péripétie, entendre mon entourage rire ou soupirer devant le ridicule d’une chevauchée sauvage à dos d’extincteur ne m’a même pas surpris tant je partageais leur avis. Des moments de grâce du tout début du film, on passe à lourdeur et la maladresse la plus totale. Notre bon George par exemple nous apprend qu’à chaque heure qui s’écoule, les débris accomplissent une rotation complète du globe. Idée classique mais sympathique qui peut véritablement mettre le spectateur en émoi. Au lieu de ça, on ne trouve rien de mieux que nous annoncer à l’avance le retour des débris avec une partition de musique alternant les notes aiguës et graves, juste au cas où le message ne serait pas passé. Et ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres, je ne m’épancherai pas sur l’ultime plan du film avec cette caméra qui, tout en subtilité, est placée en contre-plongée pour filmer la revenante. C’est le clou du spectacle, le pompon, l’ultime farce qui ne fait finalement rire personne !


Gravity
, c’est un peu « je te hais, moi non plus ». Le film s’ouvre sur des promesses de moments grandioses de moments de pure grâce. C’est vrai pour quelques scènes du début qui seront bien vite ternies par une mise en scène plombante et des dialogues (interminables) insipides. On troque alors poésie et élégance pour une action badass dégueulasse à toute berzingue. Quand en plus, au milieu du film, telle une mauvaise fable, Gravity se fend d’une morale à deux francs six sous sur la valeur de la vie, on prend conscience qu’on est définitivement passé du côté obscur, et que la lumière entrevue au début de l’épopée n’est déjà plus qu’un lointain souvenir.