KEN LE SURVIVANT

KEN LE SURVIVANT


Point de débrief, ici pour cette nouvelle rubrique sobrement nommée WTF, nous commençons avec un sujet d’une haute importance, Ken le Survivant. Et comme le titre de cette rubrique le laisse penser, nous allons surtout parler de ce qui nous a surpris, rendu fous, étonnés, aveuglés et fait tiquer : le massacre de la version française de l’animé.

OMAE WA MOU SHINDEIRU

Hokuto No Ken, connu chez nous comme Ken le Survivant est à l’origine un manga de type shônen, sorti au début des années 80, avec aux commandes ; Tetsuo Hara pour les dessins et Buronson au scénario. Le monde tel qu’on le connaît a disparu suite à une guerre nucléaire. Dans ce futur relativement proche, les océans se sont évaporés, l’eau est devenue la denrée la plus précieuse, et les contrées arides s’étalent à perte de vue. C’est de ces décors apocalyptiques que surgit Kenshiro, un croisement génétique entre Max Rockatansky et Bruce Lee (surtout dans la version animée), un expert en arts martiaux choisi pour devenir l’unique héritier de l’école du Hokuto Shinken.

A noter qu’à l’origine, Hokuto No Ken a été publié sous forme de deux histoires courtes dans Fresh Jump en 1983. Le public accueille plutôt bien ces deux épisodes qui prennent alors place dans un monde contemporain, pas si éloigné du nôtre. Il a donc été décidé que la série deviendrait hebdomadaire, et c’est ainsi qu’arrive Buronson au scénario. La série se situe désormais dans un monde post-apocalyptique et devient la référence ultime de violence et de sadisme que l’on connaît tous aujourd’hui.

Car Hokuto No Ken n’est pas à mettre en toutes les mains. Pour les Japonais, le manga n’est pas une lecture réservée aux enfants comme on a longtemps pu le penser en France. Comme des séries telles que Berserk ou même Gunnm, Hokuto No Ken montre une violence frontale où les corps explosent, les morceaux de chair volent, et où les pires sévices sont faits à de braves villageois qui ne demandent rien à personne. Le sadisme est le maître mot de la série qui s’attache à dénoncer les plus horribles dérives et comportements humains. C’est bien connu : « l’homme est un loup pour l’homme ». Mais le manga au Japon, c’est aussi ça, une lecture mature qui cible (souvent) les adultes et qui joue beaucoup sur les peurs et souffrances de toute une société. Nombre de mangas mettent en scène par ailleurs des mondes post-apocalyptiques, les fantômes d’Hiroshima et de Nagasaki ne sont jamais bien loin. Alors quand la série arrive en France, pays où Dorothée règnera en maître sur le paysage animé français, on se dit que ça ne pouvait que mal finir.

TU NE LE SAIS PAS MAIS TU ES DEJA MORT

Cette phrase emblématique que prononce notre héros, présage d’une mise à mort de la série dans sa version française, un véritable travail de boucher destiné à massacrer, tronquer et fausser l’univers impitoyable de Ken. Pourquoi en être arrivé là ? Parce que la série a été jugée trop violente et les doubleurs, apparemment choqués par tant de mises à mort, décidèrent alors d’agrémenter le tout de remarques, jeux de mots, calembours et autres sottises sans nom. Cela va de la simple déformation de nom à des dialogues sans queue ni tête. Seulement voilà tout est passé comme une lettre à la poste, car l’œuvre ici dénaturée n’était après tout qu’un simple « dessin animé ». Imaginez, si à l’époque, les doubleurs s’étaient permis d’adapter n’importe comment Mad Max ou Terminator sous prétexte que tout cela était bien trop cruel pour nos chères têtes blondes… « I’ll be back! » serait ainsi devenu une réplique bien dégueu du style « Je reviens après ma pause popo ! ». Bon me direz-vous, ce n’est pas la première fois qu’un animé a été démoli par sa version française, il n’y a qu’à voir les doublages débiles de Dragon Ball, les Chevaliers du Zodiaque ou Nicky Larson pour s’en convaincre. Mais avec Ken le Survivant, on a atteint un sommet sans nom. Florilège :

Le monde est ravagé, la folie des hommes a changé à jamais les paysages de celle qu’on appelait la planète bleue. Drappé dans sa cape qui vole au vent, Kenshiro s’avance tel un spectre dans des contrées désertiques où seule la désolation et le chaos semblent régner. Il marche d’un pas assuré, semblant insensible au brûlant soleil qui irradie ces terres. Ken est à la recherche de Shin, l’infâme faux-frère qui l’a attaqué, presque laissé pour mort et qui a enlevé Julia, sa promise. Ken, l’homme aux sept cicatrices, n’a qu’une volonté, assouvir sa vengeance. Les injustices commises aux autres ne le concernent pas jusqu’à ce qu’il rencontre deux enfants qui changeront sa conception du monde. Lynn et Bart lui feront comprendre que l’innocence et la bonté peuplent encore ce monde dévasté.

Kenshiro est arrivé à sa destination, il s’attaque alors à Shin et lui inflige sa fameuse botte secrète, l’attaque Hokuto coup de pied volant avec pointure. Suite à ce coup de pied volant non identifié, Shin se rend compte que le combat est perdu d’avance. La tension est à son comble, Shin tue d’un geste Julia pensant que Ken n’aurait plus de raison de continuer ce duel. C’est malheureusement l’inverse qui se passe, Shin subit de plein fouet l’attaque au petit couteau sinueux et torturé. Mortellement touché, Shin demande alors à son rival comment il a fait, ce à quoi Ken lui répond : « J’peux pas te le dire ». C’est dans cette froide citadelle, érigée aux dépens de quelques milliers de vies innocentes, que Shin va s’éteindre, exprimant d’une voix stridente une ultime fois ses peurs : « Oh non ! Pas les poings ! Pas les poings ! ». Ken vient de presser sur chacun des points vitaux de sa poitrine, ne lui laissant que trois minutes à vivre. Shin n’est plus !

Vous avez une bonne idée avec le passage ci-dessus du massacre opéré lors de l’adaptation de Ken le Survivant. Les doublages rendent ridicules n’importe quelle situation censée être dramatique. A partir de cette confrontation avec Shin, les doubleurs feront juste ce qu’ils veulent, ponctuant l’animé de nombreuses phrases sans sens et affublant certains personnages de noms bien aberrants. Raoh, l’ennemi juré de Ken, deviendra en français … Raoul ! Rei, disciple de l’école du Nanto, deviendra Raymond Ray ou parfois Albert Ray. Des répliques comme « Les temps comme les œufs sont durs et la bêtise n’a pas de limite », « Lorsque le sang jaillit. Oh ! C’est déjà un bloc de glace à la vanille et le corps de l’adversaire bleuit par le froid ! » ou encore « C’est celui qui dit qui est » en deviendront même cultes.

Il devient trop difficile pour moi de garder mon sérieux désormais ! Ken le Survivant en français est véritablement devenu une œuvre WTF à part dans le paysage des animés français. Et c’est sur cette vidéo best of ci-dessous que je vous laisse écouter les plus belles répliques de la VF de Ken le Survivant.

 

 

BONUS – Allez-y, cliquez pour voir c’que z’allez voir !