KICK ASS 2

KICK ASS 2


Kick Ass sorti en 2010 avait littéralement scotché pas mal de gens, et était rapidement devenu un ovni dans le paysage des blockbusters amerloques. Alors, lorsque sa suite sort (bizarrement) en plein été, l’Attrape Geeks se devait d’y mettre son grain de sable, calepin en main pour vous dire sans fard si Kick Ass 2 réédite l’exploit du premier opus. 

IL ETAIT BEAU, MON SUPER HEROS

Nous sommes en avril 2010, quelques mois avant l’été. Le temps à Paris est plutôt morose, l’équipe de France est atone, présageant une coupe du monde difficile, et Red Dead Redemption ne sortira que fin mai. Autant dire, qu’en ces temps grisâtres, on n’avait pas grand chose à se mettre sous la dent et qu’on broyait du noir.

Alors lorsque je vais par hasard voir un film dont le nom ne me disait franchement rien, Kick Ass, j’étais loin de me douter de ce que j’allais voir. Les bandes annonces diffusées en boucle avant la sortie du film ne laissaient-elles pas entrevoir une énième parodie à l’humour potache sur le monde des super héros ? Que nenni ! Au lieu de cela, ce délire haut en couleur adapté (très librement) d’un comic éponyme, m’a littéralement explosé les rétines et s’est révélé être un cocktail explosif d’action, scènes cocasses et humour franchement politiquement incorrect.

Pfiou, dur dur pour la relève ! Justement 3 longues années après, la suite sort finalement et propose le même casting, l’agrémentant de quelques autres têtes brulées de plus.

LE CIRQUE, CETTE MACHINE A SOUS

Cette fois-ci, Kick Ass 2 n’est pas sorti dans l’anonymat, la machine à promo a marché du tonnerre, livrant au compte-goutte infos, images et bandes annonces pour faire monter la mayonnaise. Tout était mis en œuvre pour que le spectacle soit total, et malheureusement, ça fait pschitt !

Alors nous nous adressons à tous les réalisateurs en herbe. Si vous êtes à la baguette de la suite d’une franchise, voici exactement ce qu’il faut faire. Suivez-nous scrupuleusement et vous arriverez sans aucun doute à foirer votre film, et par conséquent enrayer une machine à fric à priori bien huilée :

Lesson 1 : troquer le ventilateur pour le micro-onde

Ce qui a fait la force du premier film était tout d’abord son incroyable fraicheur. Beaucoup y ont découvert un casting de jeunes acteurs, pour la plupart inconnus du grand public, encadrés par les « vieux » Nicolas Cage, en papa poule aux méthodes particulières et Mark Strong, qui campe un patron de la mafia sans foi ni loi. Il faut bien avouer qu’on ne retrouve pas ce savant mélange dans cette suite. Si les acteurs principaux reviennent, que d’autres prennent de l’ampleur (Marcus, le père de Dave), les petits nouveaux eux, pour la plupart, peinent à convaincre.

C’est le cas de Jim Carey alias Colonel Stars & Stripes, que l’on sent plutôt sous estimé et qui ne fait pas long feu à l’écran. De même pour John Leguizamo, dit Javier, le garde du corps du capricieux Chris d’Amico / Red Mist qui adoptera pour l’occasion le nom de scène The Mother-fucker. On a la fâcheuse impression que les seconds rôles dans Kick Ass 2 ne sont que des intérimaires placés ici et là pour faire superficiellement monter d’un cran l’intensité dramatique.

Lesson 2 : détruire le travail de vos prédécesseurs

Autre second rôle d’importance qui passe vite à la trappe, celui de Katie Deauxma, petite amie de Dave / Kick Ass. Dans le premier film, Dave parvenait finalement à sortir avec Katie. Ces deux-là semblaient bien partis pour filer le grand amour, enfin jusqu’à Kick Ass 2… Katie ne « survit » même pas aux dix premières minutes de film, à vrai dire, elle n’apparaît (à mon souvenir) qu’une fois, pour flanquer une baffe à Dave, lui assener une vanne bien grasse puis pouf, v’là qu’elle s’en va, merci d’être passée, votre chèque vous attend à l’accueil.

Alors pourquoi est-ce que cela choque ? Parce que contrairement aux comics, Katie avait pris un rôle primordial dans le premier film. Dans le comic, elle déteste Dave, et ce n’est que parce qu’elle croit qu’il est gay qu’elle deviendra son amie. Lorsque Dave craque et lui annonce devant le lycée entier qu’il est en fait tout ce qu’il y a de plus hétéro et qu’en plus, c’est elle est l’objet de ses désirs, c’en est de trop pour Katie qui demande à son petit ami de foutre une raclée à l’insolent. Le soir même, elle remuera le couteau dans la plaie et enverra au pauvre Dave une photo d’elle en train de gentiment récompenser son héros du jour avec une petite gâterie maison. On est bien loin de la Katie bienveillante du film. Alors quitte à faire évoluer un personnage, pourquoi s’en débarrasser crument dans le film qui suit ? C’est en prenant ce genre de décision complètement illogique qu’on peut flinguer un film, prenez-en de la graine.

Lesson 3 : se la jouer gros bras

Kick Ass, en plus de son histoire barrée et de sa narration pleine de punch, a réussi à s’inscrire dans l’ère du temps. Dave est avant tout un gamin plutôt banal, ni moche ni beau, qui surfe sur le net, vogue sur les réseaux sociaux ou lit des comics. On pouvait que s’identifier à ce gamin résolument optimiste. Les références faites à notre monde bien réel étaient alors plutôt pertinentes, elles servaient habilement l’histoire sans que cela ne tombe dans le placement de produit. Le buzz qui lance la carrière de Kick Ass commence par une vidéo youtube, Facebook permet à Kick Ass de prendre contact avec le monde puisqu’il n’a pas de Batsignal.

Dans Kick Ass 2, c’est une autre histoire. Dave, du moins son alter ego masqué, est devenu cool et il faut le montrer. Kick Ass est maintenant bankable et aurait toute sa place aux côtés de vieux briscards de la nuit comme Batman et Spiderman. Il faut voir les références faites aux mecs en collants de chez DC Comics et Marvel ; c’est bien simple, on a l’impression qu’en les citant à tour de bras, Universal Pictures veut inscrire son héros en combi au panthéon des superproductions de super héros. Ce qu’on gagne en testostérone, on le perd en innocence.

Lesson 4 : se la jouer sans génie

Kick Ass 2 a beau devenir une affaire de gros bras, on ne peut que s’étonner devant son manque de courage. Certes les scène d’action, et il n’en manque pas, sont bien fichues, c’est tout ce qui est censé les lier qui fait défaut. Quand Matthew Vaughn réalise le premier film, lui et Jane Goldman prennent à leur compte l’histoire pour la transposer au cinéma. En résulte un film qui comporte de nombreux changements mais qui sait rester fidèle à l’œuvre d’origine. Et c’est précisément ce que Jeff Wadlow, à l’écriture et réalisation de cette suite, parvient à foirer. Les scènes d’actions se succèdent à un rythme effréné, la violence y est encore plus intense, mais il manque le génie pour cimenter tout cela.

Même le second degré semble faire défaut. Quand Hit Girl dans le premier Kick Ass explique non sans sarcasme à Dave que pour les contacter, il peut contacter le bureau du maire qui diffusera dans le ciel un signal en forme de bite géante, ce n’est certes pas subtile mais ça fait mouche. Kick Ass assumait avec fierté son côté parodique quand Kick Ass 2 à force de vouloir devenir sérieux semble se prendre les pieds dans le tapis. Et c’est ainsi qu’on obtient un met sans saveur, malgré des ingrédients au départ de qualité.


Kick Ass 2
n’est pas le ratage du siècle, mais au vu des espoirs placés en lui, suite à un premier film détonnant, c’est un beau foirage tout de même. Le film semble ne jamais être en mesure de capter ce qui avait fait le succès du premier film, le changement de réalisateur / scénariste n’y est pas anodin. Kick Ass 2 est à Kick Ass ce que The Dark Knight Rises est à The Dark Knight, une suite sans saveur, sans génie, plutôt paresseuse et qui semble se satisfaire de proposer du fan service. En v’là une de référence à Batman, messieurs de chez Universal.