LA GRANDE ÉPOPÉE DE PICSOU

LA GRANDE ÉPOPÉE DE PICSOU


Balthazar Picsou vient de nous quitter mais son nom résonne encore à Donaldville. Le canard aux guêtres y avait fait ériger son fameux coffre-fort, bardé d’un immense symbole du dollar, affichant ainsi avec fierté une réussite qu’il ne devait à personne d’autre qu’à lui-même. Une fortune qu’il a su consolider avec l’aide de son neveu Donald et ses petits neveux Riri, Fifi et Loulou. 20 ans durant, Picsou et sa bande parcourent le monde et nous devons le récit des ces histoire à Carl Barks, le premier à avoir fait la connaissance de l’excentrique canard. Son successeur Don Rosa, biographe officiel de Picsou, confiera s’être inspiré de ces entretiens avec Carl Barks pour rédiger son impressionnant récit de la jeunesse du canard aux lorgnons. Et maintenant que Picsou n’est plus, nombreux sont ceux qui sont venus rendre une dernière fois hommage à ce canard d’exception.

Donald, son neveu, est malheureusement arrivé en retard, son emblématique automobile lui ayant encore une fois fait défaut – difficile en effet de rouler lorsque vos 4 pneus prennent la tangente ! C’est Gontran Bonheur qui a donc assuré le service, il a notamment été le premier à évoquer cet oncle qu’il connaissait peu – « il n’avait après tout pas besoin de travailler comme son poisseux de cousin, Donald. » Les petits neveux de Picsou se sont ensuite exprimés à leur tour, narrant leurs multiples aventures avec cet oncle aussi avare que courageux. Comme nous le confiera Don Rosa un peu plus tard, Picsou, sous son apparente dureté avait noué un lien très fort avec ces petits neveux espiègles, malins et toujours débrouillards, notamment grâce à leur indispensable manuel des castors juniors. S’ensuit un défilé de têtes bien connues de Donaldvile, de Gus à Grand Mère Donald, sans oublier l’ami de toujours, le génial Géo Trouvetou.

Le neveu malchanceux finit par pointer le bout de son bec. Après s’être évidemment cassé la figure en montant sur l’estrade, provoquant quelques éclats de rire à peine contenus dans l’assemblée, le canard à la vareuse raconte sa première rencontre avec cet oncle longtemps perdu de vue, une rencontre qui se soldera par un coup de pied au popotin, on vous laisse deviner lequel, après une discussion houleuse entre Balthazar et ses soeurs Matilda et Hortense. À ce sujet, Don Rosa nous dira que ce triste épisode dans la vie de Picsou restera une blessure qui ne commencera à cicatriser que lorsque Donald et ses neveux entreront dans sa vie.

Un moment d’intense émotion mais qui dresse une image bien plus humaine de l’acariâtre millionnaire. Le soir venu, les invités, parfois arrivés de loin, comme l’illustre souris détective de Mickeyville, s’en vont peu à peu. Scène cocasse, on aperçoit le commissaire Finot et l’inspecteur Duflair partir en compagnie des Rapetou, autorisés exceptionnellement, eux aussi, à venir rendre hommage à leur ennemi favori. En parlant d’ennemi, il se murmure qu’une certaine sorcière aurait été aperçue dans les parages. Et pour une fois, sa présence ne serait pas due à un certain sou fétiche, objet de toutes ses obsessions. Don Rosa reviendra d’ailleurs sur ce fameux sou fétiche, tordant ainsi le cou à quelques « légendes urbaines » sur l’origine de la fortune de Picsou. Ne restent plus que les proches, Donald, ses neveux Riri, Fifi et Loulou, ses cousins Gontran, Gus et Popop pour une ultime veillée. Le coffre-fort fermera donc une ultime fois ses portes, Donaldville perd ici l’un de ses membres les plus importants, qui contribuera à faire de ce qui n’était alors qu’une petite bourgade une mégapole incontournable. Picsou s’est éteint à 100 ans, 100 années d’une vie riche en aventures palpitantes, en rencontres incroyables et en souvenirs tout aussi précieux que chacune des pièces qui composent cette immense fortune qui fit de Balthazar Picsou le canard le plus riche du monde. Qui sait, un jour peut être, cette vie hors du commun sera lue par des enfants dans le monde entier…

Don Rosa, biographe officiel de Balthazar Picsou, nous a accordé un entretien pas piqué des hannetons où il revient sur la grande épopée de Picsou, sa jeunesse et nous explique comment ce jeune canard exilé de Glasgow a bâti un incommensurable empire financier. Morceaux choisis :

UNE BIOGRAPHIE POUR UN CANARD HORS DU COMMUN

« Se voir confié l’honneur de rédiger la biographie d’un canard exceptionnel comme Picsou est une tâche titanesque. Picsou n’a eu de cesse de parcourir le monde pour consolider une fortune déjà colossale. Lors de ses 20 ans d’aventures – entre 1947 et 1967 -, Carl Barks a accompagné la bande à Picsou et a narré ces histoire toutes plus fantastiques les unes que les autres. Et lorsque l’on me confie ce travail de raconter la jeunesse de Balthazar Picsou, ma première réaction a été de relire toute l’oeuvre de Carl Barks pour y trouver matière. De ce qu’il dit, j’en ai tiré ce que j’appelle des informations barksiennes. Ces informations forment la base de toutes mes investigations pour raconter le plus exactement possible la jeunesse de Picsou. J’ai ensuite effectué un grand travail de recherche, interviewant, quand c’était possible, les personnes qui ont connu Balthazar. Des Rapetou, dont les ancêtres avaient déjà eu à découdre avec lui à Goldie O’Gilt, son seul amour connu, j’ai dû parcourir le monde entier pour suivre les traces de ce canard globetrotteur. Il en résulte cette anthologie en deux volumes des aventures du jeune Picsou et des péripéties et obstacles qu’il a dû affronter sur la longue et ardue route qui le mène à son incroyable fortune. »

À PROPOS DE L’ÉCOSSE

« Balthazar Picsou, nul ne l’ignore, est écossais et passe les premières années de sa vie à Glasgow. Il vient d’une famille modeste, au passé prestigieux, le clan des McPicsou. Ce n’est que lors de sa 9ème année que Fergus, le papa, emmène son fils Balthazar sur les terres de ses ancêtres où était fièrement érigé le château du clan, tombé en ruine depuis. De la fortune de ses ancêtres, rien ne reste si ce n’est un nom, une fierté et une avarice légendaire qui semble se transmettre à tous les canards mâles de la famille. Mais cette nostalgie du passé donnera au jeune Balthazar l’ambition de redorer le blason familial, et cela grâce à un dur labeur. Ainsi, dès l’âge de 10 ans, Balthazar hérite d’une panoplie de cireur de chaussure. Celui qui portera plus tard des guêtres commence donc par s’occuper des chaussures des autres. Ce qu’il ne sait pas, c’est que son premier client, Burt, avait été envoyé par son papa exprès pour berner le jeune canard naif avec une pièce américaine, sans valeur en Écosse. Cette première expérience malheureuse est une étape fondatrice dans la vie du jeune Balthazar, il se jurera dès lors de ne plus jamais se faire rouler dans la farine et effectivement, l’histoire lui donnera raison. »

PICSOU, SES AVENTURES, SES RENCONTRES

« Rendez-vous compte, ce n’est que quelque temps après son 13ème anniversaire que Balthazar, avec pour uniques possessions le dentier et la montre de son arrière grand-père, embarque sur un transatlantique pour vivre le rêve américain. Il se fait la promesse qu’à son retour, il sera riche. Le jeune Balthazar avait certes déjà de la ressource mais il fait aussi montre d’un incroyable courage. Après un long voyage, il arrive à Louisville dans le Kentucky et fait la connaissance de son oncle, John McPicsou, le frère de Fergus parti faire fortune en Amérique. Grâce à lui Picsou apprendra le métier de marin sur le Mississipi. Puis sera cowboy, prospecteur, chasseur de trésor, mineur… autant d’épreuves qui l’endurciront. Cela lui permettra de faire la connaissance de quelques illustres personnages. Dès son arrivée à Louisville, il fera la connaissance de Grégoire Trouvetou, grand-père de l’inventeur génial de Donaldville, Géo. Théodore Roosevelt, bien avant de devenir Président, fera également un bout de chemin avec le jeune Picsou. L’une des rencontres les plus marquantes pour le jeune canard est celle, cependant, d’Howard Flairsou qui enseignera à Picsou comment prospecter, ce qui lui sera bien utile par la suite au Klondike. Howard Flairsou était un riche magnat qui avait fait fortune lors de la Ruée vers l’Or de Californie. Son fils, Crésus Flairsou, héritera ensuite de sa fortune et croisera souvent le fer avec Picsou, bien loin de s’imaginer que c’est en partie son propre père qui sera en sorte responsable de la fortune de Picsou. »

LE KLONDIKE ET L’ORIGINE DE LA FORTUNE DE PICSOU

« Quand Picsou arrive au Klondike, il court toujours derrière la réussite et la richesse. Toutes ses entreprises précédentes, bien qu’ingénieuses, se soldent constamment par un échec. Il s’approche parfois de cette fortune tant espérée mais les hasards de la vie sont parfois bien cruels. Lorsqu’il découvre, grâce à Howard Flairsou, qu’il est riche car propriétaire d’un gisement de cuivre, il doit dans la foulée revendre la mine pour rentrer en Écosse et prêter main forte à son père pour payer les impôts du château au shérif local, individu véreux à la solde des Biskerville qui n’ont eu de cesse de vouloir s’approprier le château des McPicsou pour y chercher le légendaire trésor perdu du clan. Une fois cet incident réglé, Picsou se rend en Afrique, puis en Australie avant d’atterrir au Klondike, symbole d’une nouvelle Ruée vers l’Or. C’est là bas qu’il trouve sa première pépite d’or et devient enfin riche. C’est aussi au Klondike, à Dawson, qu’il fera la rencontre de Goldie O’Gilt, tenancière du saloon du coin où tous les mineurs viennent dépenser le fruit de leur dur labeur. La relation particulière qu’entretiennent Goldie et Picsou le poursuivra d’ailleurs toute sa vie. Picsou se lance donc ensuite dans les affaires, il devient banquier et finance les prospecteurs du Klondike puis investit dans tous les domaines, le bois, le transport, l’agroalimentaire… Ce n’est que lorsqu’il gagne son premier milliard qu’il rentre de nouveau en Écosse, riche comme il l’avait promis à sa famille. C’est cependant un autre Balthazar qui regagne sa terre natale, colérique, dur, pingre… La douceur et la naïveté qui le caractérisaient se sont envolées à force d’épreuves à surmonter, de brigands à combattre et de jaloux à ignorer. A son retour en Ecosse, Balthazar, le riche entrepreneur, comprend que sa place n’est plus sur la terre de ses ancêtres mais en Amérique, plus précisément à Donaldville, petite bourgade où il achète un vieux fort sur un monticule, celui-là même où se dressera des années plus tard le fameux coffre-fort. Quand Balthazar annonce ses plans et propose à sa famille de le suivre, son père Fergus autorise les deux soeurs, Matilda et Hortense, à se rendre en Amérique pour travailler aux côtés de Balthazar, mais lui restera dans leur château y passer ses derniers jours. Balthazar et ses soeurs partent au petit matin après une longue nuit d’adieu, et quand ils lèvent tous les trois les yeux pour scruter la fenêtre de la chambre où dormait leur père, il leur semble l’apercevoir debout, les saluant une dernière fois. Ce qu’ils ne savent pas, c’est que Fergus, soulagé que son fils ait ranimé le flambeau familial, s’est éteint pendant la nuit, rejoignant ainsi sa femme défunte et tous ses ancêtres. Picsou devient ainsi le dernier homme du clan des McPicsou. »

SOU FÉTICHE, PÉPITE D’OR…

« Effectivement, le fameux sou fétiche est pour beaucoup l’objet qui aurait permis à Picsou d’accéder à sa colossale fortune, mais c’est loin d’être le cas. Ce sou a certes une valeur symbolique, c’est après tout le premier sou que le jeune Balthazar ait gagné, celui qui le mettra sur le chemin de toutes ces aventures, mais sa fortune est due avant tout à son incroyable ténacité. Picsou, comme je l’ai dit, a connu de nombreux échecs avant de trouver cette pépite d’or qui le rendra millionnaire. Mais il n’a jamais baissé les bras et a appris de chacune de ses péripéties. C’est ainsi qu’il se ferme progressivement aux autres, même si l’on sait qu’au moins une femme a su se glisser dans son coeur, Goldie O’Gilt. Cette première pépite d’or, synonyme de son accession à la richesse, serait donc en quelque sorte sa pépite fétiche. Il la gardera d’ailleurs comme souvenir, s’en servant même à une occasion pour assommer un Rapetou qui tentait de se faire la malle. Mais une fois arrivé à Donaldville, Picsou n’aura de cesse de faire fructifier sa richesse, parcourant le monde pour investir encore et toujours. C’est lors d’un de ces voyages, où exceptionnellement il fait venir ses deux soeurs, que Picsou commettra d’ailleurs une erreur qui bouleversera sa vie. Picsou, le canard honnête, travailleur infatigable, cède à la tentation de la facilité et tente d’acheter un village vaudou. Devant le refus quelque peu musclé des locaux, Picsou paie une troupe de malfaiteurs pour raser le village. C’est le seul acte répréhensible commis par le milliardaire et il le poursuivra toute sa vie. Ses soeurs, honteuses d’avoir assisté à cela, rentrent à Donaldville et laissent Picsou profiter de ce nouveau succès. Pris de remords, il tente de regagner Donaldville, mais l’appel des affaires (et l’avarice) le gagne de nouveau et il parcourt à nouveau le monde 27 ans durant. Lorsqu’il rentre à Donaldville, ses soeurs, prêtes à lui pardonner, organisent une réception d’accueil mais c’est sans compter sur le mauvais caractère de leur frère qui ne pense désormais plus qu’à une chose : devenir le canard le plus riche du monde. Lors d’une dispute plus que houleuse, Matilda et Hortense claquent la porte, lui promettant qu’il ne les reverrait plus et elles tiendront parole. Picsou ne reverra plus jamais ses soeurs et se renfermera sur lui-même, jusqu’à ce qu’il retrouve son neveu Donald et qu’il fasse la connaissance de Riri, Fifi et Loulou. C’était d’ailleurs lors de cette dispute mémorable que Picsou fait pour la première fois la connaissance des enfants d’Hortense, Donald et Della, mère des petits neveux de Picsou. C’est à ce moment que le tout jeune Donald, avant de suivre sa maman et sa tante, fait déjà montre de son sale caractère et décide de punir son oncle d’un bon coup de pied au derche. Picsou, 17 ans plus tard, lorsqu’il invitera Donald à venir lui rendre visite un 25 décembre, n’hésitera pas à lui rendre la pareille ! »

 

 

 

LA RENAISSANCE DE PICSOU

« Lorsque Picsou invite son neveu perdu de vue à venir le voir un 25 décembre, il est loin de s’imaginer le tournant que sa vie prendrait de nouveau. Donald se rend au manoir qui servait de résidence au milliardaire reclus avec ses neveux et fait la connaissance de cet oncle qu’il ne connaissait point. Mais Donald a une bien mauvaise image de son oncle, et comme beaucoup de ses concitoyens, pense à tort que son oncle a fait fortune par chance (maudit sou fétiche) et qu’il n’est qu’un milliardaire un peu fou et plus que pingre. Il faut dire qu’à ce moment là, Picsou a disparu de la circulation depuis au moins 10 ans, après avoir fermé une à une chacune de ses entreprises et son emblématique coffre-fort. Les habitants de Donaldville raffolaient alors de ces reportages télés consacrés à la vie de ce milliardaire acariâtre. L’un de ces reportages montrait un Balthazar Picsou reclus dans son manoir, inaccessible et insatisfait de sa vie alors qu’il possédait une fortune inimaginable, un portrait de milliardaire que n’aurait pas renié Orson Welles ! Donald, à force de scepticisme, pousse son oncle à lui dévoiler à lui et ses neveux, la vérité : non, le coffre-fort n’est pas vide, oui, il est toujours riche et s’il se souvient de chacune de ses pièces, c’est parce qu’il a travaillé dur toute sa vie pour les obtenir et que chacune d’elles représente un souvenir. S’ensuivra une course poursuite avec des Rapetou qui pensaient réaliser le coup du siècle ; tentative qui se soldera en un échec total et un lancer de pépite sur la tête d’un des malfrats. Mais cette péripétie vécue aux côtés de sa famille retrouvée donne à Picsou l’envie de repartir à l’aventure. Il se sent rajeuni de 20 ans, il a alors 80 ans et effectivement, jusqu’à son dernier souffle lors de sa 100ème année, il parcourra le monde accompagné de sa famille  à la recherche de trésors tous plus fabuleux les uns que les autres. C’est ainsi que Carl Barks accompagne la joyeuse troupe pour documenter cette ultime période de l’incroyable vie du canard le plus riche du monde. »