LAST MAN

LAST MAN


Le manga – que l’on peut traduire par « image dérisoire », c’est avant tout une bande dessinée japonaise. Le genre tel qu’on le connaît aujourd’hui prend son essor dans l’après-seconde guerre pendant l’occupation américaine, ce qui eut pour conséquence d’introduire les Comic Strips américains qui influeront grandement les mangakas d’alors, dont notamment Osamu Tezuka, considéré maintenant comme le père du manga moderne. Pourquoi rappeler (très) succinctement les origines du manga ? Car en France, un manga peut également être une bande dessinée non japonaise mais qui suit et qui s’inspire des grandes lignes de la BD nippone. Et c’est précisément le cas de Last Man.

SEARCHING FOR LAST MAN

Last Man, c’est l’histoire d’un tournoi d’arts martiaux auquel participe le mystérieux Richard Aldana, qui bien malgré lui devra faire alliance avec un petit rejeton du nom d’Adrian. Heureusement, Marianne, la maman d’Adrian est fort jolie, rien de mieux pour la motivation. Avec ces quelques lignes seulement, vous aurez compris que Last Man est à ranger du côté des Shōnens. Shō quoi ??? Mais si, mais si, vous connaissez. Les grands représentants du genre sont ultra connus, les noms de Dragon Ball (avec son Z également), One Piece, les Chevaliers du Zodiaque ou encore Naruto ne vous sont certainement pas étrangers, et c’est bien dans cette cour là que vient se battre Last Man.

Un tournoi d’arts martiaux, des jolies filles au caractère bien trempé, un petit garçon naïf, fragile mais à fort potentiel, et une ambiance relativement bon enfant, voila ce qu’ont en commun pour la plupart les mangas sus-cités. Et si vous êtes ou avez été un lecteur assidu de ce genre de production, vous allez immédiatement être happé par l’histoire proposée. L’ambiance de ce tournoi fait irrémédiablement penser aux meilleurs pages de Dragon Ball, oui sans le Z, où se mêlaient suspense, humour (parfois coquin), aventure et batailles farfelues.

D’ailleurs, un humour similaire se glisse dans les pages de Last Man. Dans Dragon Ball, un certain décalage s’opérait entre le contexte parfois tendu du grand tournoi d’arts martiaux et l’immense naïveté dont faisait preuve Sangoku – naïveté qu’il perdra en partie lorsque la série gagnera son Z, privant ainsi la série de ce qui faisait alors son charme. Ici, c’est le même procédé appliqué à l’envers. Aldana est une sorte de vagabond bad guy, plutôt brutasse et complètement en décalage avec l’univers proposé. Le village dans lequel se déroule le tournoi semble être d’un autre monde, monde où opère notamment la magie. Ambiance garantie.

Si l’ambiance est garantie, elle le doit en partie aux visuels proposés. Les dessins sont précis, très lisibles mais peuvent parfois surprendre. En effet, le coup de crayon est net mais semble par moment un peu remuant, voire tremblant. Parfois les visages sont plutôt détaillés, et dans la case qui suit, se trouvera un personnage sans yeux, bouche ou parfois même sans visage. Cela peut déstabiliser par moment, suscitant même un petit débat au sein même de l’Attrape Geeks ! Une chose est cependant certaine, les combats et les scènes d’action en général sont hyper dynamiques, claires et lisibles et c’est mine de rien plaisant à regarder.

SAIGO NO OTOKO 

Last Man, malgré des influences plus qu’évidentes, ne se contente pas de répéter bêtement les mécanismes du genre, bien au contraire. Si l’histoire peut sembler au premier abord classique, il faut noter que le rythme proposé est plutôt rapide pour un shōnen. Je suis persuadé que petit, vous avez trépigné d’impatience devant certains combats interminables de Dragon Ball (surtout avec son satané Z) ou encore des Chevaliers du Zodiaque. Ici, les enjeux se mettent vite en place ; Aldana participe à ce tournoi pour des raisons inconnues mais autres que la simple célébrité, Marianne, la mère d’Adrian, derrière son apparente force de caractère ne restera pas insensible aux charmes bruts de notre (anti) héro…

A ce propos, causons des dialogues. Balak, le scénariste, nous gratifie de scènes particulièrement réussies. Aldana s’exprime vulgairement, employant des expressions en verlan bien de chez nous ou encore empruntant des expressions tirées directement de notre culture populaire. Lorsque Aldana atomise l’un des combattants sur le ring, c’est d’un «  Nextez-moi ça » qu’il chambre son adversaire. Si la référence directe à un programme populaire de MTV n’échappe à personne, le décalage fonctionne à merveille. Aldana vient de notre monde, reprenant son langage et ses codes. Alors qu’Adrian et ses concitoyens semblent tout droits sortis d’un village quasi médiévale, un peu narustesque, où l’on ne peut même pas se procurer de cigarettes, au grand dam d’Aldana.

L’autre point positif de Last Man, c’est de voir comment les auteurs s’amusent à déconstruire certains codes du genre. Si normalement dans un shōnen, la magie prend une part importante, elle est ringardisée dans Last Man. Lorsqu’un combattant commence son incantation par exemple, il ne peut être attaqué sous peine de recevoir une pénalité. Règle absurde, ce que ne manque pas de relever Aldana. On pense alors à nos bons Chevaliers du Zodiaque et leurs combats, qui relevaient plus de la joute verbale que de l’échange franc de coups de poings furieux. Cette accélération dans le rythme et dans la résolution des combats est donc bienvenue et ne dessert en aucun cas l’intensité des combats.


Last Man
sait s’inspirer de ce qui s’est fait de mieux dans le shōnen, proposant au passage une histoire sympathique, prenante et agréable à suivre. Le manga se joue également des règles préétablies du genre pour offrir un spectacle maitrisé. La nostalgie contribue beaucoup à ce qui fait le charme de Last Man, nous rappelant par moment les sensations que nous procuraient les grandes séries de notre enfance, Dragon Ball en tête. Bref, ne nextez pas et allez zieuter ici les quelques épisodes en ligne pour vous faire une idée.