RED DEAD REDEMPTION

RED DEAD REDEMPTION


Entre deux chevauchées endiablées, posons le pied à terre et bivouaquons pour causer d’un jeu, sorti il y a un peu plus de deux ans déjà qu’on apprécie tout particulièrement à l’Attrape Geeks. Avec la sortie de Django Unchained, on remet nos chapeaux de cowboys, nos santiags et on part à l’aventure made in Rockstar.

RED DEAD SALVATION

Red Dead Redemption est la suite spirituelle de Red Dead Revolver, sorti en 2004, d’abord développé par Capcom puis récupéré par Rockstar San Diego. Le jeu a connu à l’époque son petit succès, et même s’il ne comptait pas parmi les titres inoubliables, il apportait un peu de fraicheur en proposant un jeu avec une histoire bien ficelée et moults références aux westerns spaghetti. L’intro reprenait d’ailleurs le titre Lo Chiamavano King de Luis Bacalov dont on retrouve une variante dans Django Unchained. Red Dead Redemption sort quant à lui six ans plus tard alors pourquoi en (re)parler ? Parce qu’on en raffole tout simplement, et qu’à l’orée d’une nouvelle génération de consoles, il est temps de tirer un bilan. Et ce Red Dead là n’est pas loin de remporter, en ce qui nous concerne, la palme du meilleur jeu des consoles HD. Il suffit de se remémorer le début du jeu pour comprendre à quel point on va se faire embarquer dans une aventure improbable et marquante.

On incarne John Marston, un bandit repenti, maintenant à la traque des anciens membres de son gang. John doit dégommer ses vieux compagnons un à un, et pour ce faire, il pourra compter sur ses incroyables réflexes et sa capacité à dégainer son colt tellement vite qu’il en ferait rougir de honte ce bon vieux Lucky Luke. A l’écran, cela se traduit par un effet de ralenti bien senti qui donne au joueur tout le temps nécessaire pour ajuster sa cible. Bien entendu, John devra également s’appuyer sur des alliés, bien barrés et complètement loufoques pour mener à bien sa mission. Dans le monde de Rockstar, cela veut dire qu’il faudra accomplir une ribambelle de missions plutôt variées, alternant les classiques fusillades, courses poursuites à cheval ou à chariot, mais aussi comprenant des missions décalées comme veiller sur un troupeau de vaches ou empêcher les coyotes de s’emparer de vos poules. A ce propos, le prologue du jeu est un exemple du genre. Entre les dialogues finement écrits qui posent tout de suite le scénario et l’ambiance, on est pris de plein fouet par le titre et les premières heures sont hautement addictives. En effet, le jeu met en scène un Far West en fin de vie, les Etats-Unis sont sur le point d’entrer de plain-pied dans le 20ème siècle et il n’y a plus de place pour la vie sauvage, les règlements de compte arbitraires ou les cowboys sans foi ni loi défiant l’ordre.  A cela s’ajoute la Révolution mexicaine à laquelle Marston prendra part. On pense un peu au Django de Corbucci, et les missions au Mexique nous offrent des moments assez intenses au côté du rebelle Abraham Reyes, un révolutionnaire fou furieux aux idées prônant l’eugénisme. On rencontre dans Red Dead Redemption un nombre incalculable de gueules cassées, toutes aussi charismatiques les unes que les autres.

RED DEAD UNCHAINED

La force du titre cependant ne réside pas seulement dans la qualité de ses dialogues, ses personnages ou encore dans les multiples références qu’il adresse aux westerns spaghetti. Red Dead Redemption, c’est aussi un univers à part entière, une véritable fresque. Le titre débute comme un western classique, une arrivée en train, un passage au saloon, une halte (forcée) dans un ranch, pour petit à petit nous arracher à cet ouest sauvage. Le monde dans Red Dead Redemption évolue, l’Histoire s’écrit au fur et à mesure des missions et c’est avec un pincement au cœur qu’on aborde la dernière partie du jeu. Cet ouest lointain est amené à disparaître, et avec lui une bonne partie de ses légendes qui ont contribué à l’histoire de cette jeune Amérique. Désormais, même si Marston lui-même ne veut y croire, les gens ne se baladeront plus en ville avec leurs armes, les colts laisseront place aux armes automatiques, les chevaux seront peu à peu délaissés pour les automobiles ; le progrès avance inexorablement abandonnant derrière lui les vestiges d’une époque dorénavant révolue. Marston, le joueur donc, est plongé dans un monde en ébullition qui évolue trop vite. De mémoire de joueur, jamais un jeu n’avait retransmis avec autant de justesse un tel changement d’époque. On pense au film le Dernier Samourai qui, sans être un chef d’oeuvre, retranscrivait plutôt bien lui aussi la fin d’une époque, celle des Samouraïs pour laisser place à un Japon en pleine modernisation.

La richesse du titre est aussi visuelle. Rockstar San Diego a abattu un travail de modélisation tout simplement phénoménal. Red Dead Redemption est un monde ouvert, et l’impression de liberté qu’il offre est tout simplement étourdissante. Que l’on doive sauver une pauvre âme des coyotes affamés, chercher un trésor ou attaquer des planques de bandits, on trouve toujours quelque chose à faire. Les missions secondaires apportent un vrai surplus d’immersion au titre. Marston peut également troquer ses habits de cowboys pour ceux de trappeur pour partir à la chasse, et cela bien avant un certain Assassin’s Creed III. C’est simple, la chasse dans Red Dead Redemption pourrait à elle-seule faire l’objet d’un jeu à part entière. On y trouve pléthore de proies, chacune vivant dans des zones bien spécifiques et on se surprend à agir à l’instinct. A force de parcourir à dos de canasson les différentes contrées du titre, on prend conscience qu’on n’a même plus besoin de consulter la carte pour savoir où trouver tel ou tel animal ; jouissif !

A l’instinct, l’expression sied à ravir à Red Dead Redemption. Et cela prouve à quel point l’univers proposé est cohérent. Ce monde organique a ses propres codes. On passe aisément de l’univers aride et brulant du Mexique aux vertes prairies du nord des Etats-Unis, le tout sans temps de chargement. Un monde qui a ses propres codes mais aussi ses propres mythes et légendes. Youtube héberge un nombre incalculable de vidéos de joueurs qui prétendent images à l’appui avoir aperçu des fantômes ou même le diable en personne dans un église isolée. Ce phénomène qui ne concerne généralement que les productions Rockstar, reste assez inédit dans le jeux vidéo, monde de certitudes, calculs et lignes de code. Ces visions, probablement issues de l’imaginaire des joueurs eux-même, montrent à quel point l’univers proposé est riche et comment il peut-être sujet à l’interprétation des joueurs. Rockstar d’ailleurs ne s’y trompe pas et n’a jamais confirmé ou infirmé ces possibles apparitions.

Rockstar réussit la prouesse alors de proposer un monde qui non seulement est l’un des plus riches qui soient, mais qui est aussi un monde fictionnel qui s’inscrit dans des évènements bien réels. Cependant, plutôt que de retranscrire fidèlement ces évènements comme le fait (ou tente de le faire) Ubisoft avec ses Assassin’s Creed, Rockstar s’appuie sur ces évènements pour tisser la toile de fond du jeu, à la manière d’un Tarantino. L’enjeu n’est plus alors de se cantonner à un certain réalisme historique mais bien de s’affranchir de l’Histoire pour proposer sa propre histoire, une histoire originale, prenante, délurée et inoubliable. Décidemment, il y a du Tarantino dans Rockstar.


C’est sur ces paroles qui n’engagent que nous que je vous laisse méditer, en espérant avoir donné envie à ceux qui ne connaissent toujours pas Red Dead Redemption de courir l’acheter et de prendre part eux aussi à cette fantastique aventure que Rockstar nous a offerte. A bon entendeur, Yeeha !