SHINGEKI NO KYOJIN

SHINGEKI NO KYOJIN


Ah qu’il est beau, qu’il est cool, qu’il est hype ce Shingeki No Kyojin ! Fraichement élu anime de l’année un peu partout sur la toile et par les spécialistes du genre, Shingeki pour les intimes a tout chamboulé sur son passage. Cette année enfin, on ne parle plus de l’autre demeuré aux membres élastiques ou de l’ahuri de sous-San Goku blond. La star c’est Eren, un maigrichon brun, grande gueule et plein de courage.

Le manga, imaginé par Isayama Hakime et publié pour la première fois au Japon en 2008, raconte l’histoire d’Eren, sa soeur adoptive Mikasa et de leur ami Armin. Nos trois bambins vivent reclus à l’intérieur d’une cité cerclée d’énormes murs. Ces murs les protègent des titans, d’abominables êtres qui dévastèrent une bonne partie de l’humanité il y a plus d’un siècle. Eren qui comme la plupart des héros tragiques a perdu ses parents, voue une rage inextinguible aux titans

Avant d’aller plus loin, laissez-moi partager deux anecdotes glanées sur le web. L’idée du manga est venue de la jeunesse d’Isayama, qui vivait dans un village entouré de montagnes. Gamin, Il a longtemps désiré aller au-delà de ces barrières naturelles, tout comme Eren souhaite voir ce qui se passe derrières ces imposants murs, à la fois protecteurs et carcéraux.

Pour les titans, l’idée lui est venue lorsqu’il travaillait dans un bar. Voyant le comportement d’un client trop porté sur la bouteille avec qui la communication n’était plus possible, Isayama s’est alors dit qu’il n’y avait rien de plus terrifiant sur terre que l’Homme. Ne manquait plus qu’à l’allonger de quelques mètres pour obtenir un titan.

LA POTION MAGIQUE

Le succès de Shingeki n’est pas à démentir, Isayama et les producteurs de l’anime semblent avoir trouvé la recette du succès. En fin gourmets et généreux que nous sommes, nous vous dévoilons quelques ingrédients de la potion magique, la vraie, celle que même Panoramix ne saurait faire.

Tout d’abord et pour ne pas changer nos habitudes, cet anime est à ranger dans la catégorie des Shônens, genre déjà évoqué pour Last Man et Ken le Survivant. Première raison donc, c’est avant tout de l’action et il faut avouer que dès les premiers épisodes/chapitres, ça décoiffe. L’intrigue commence sur les chapeaux de roue, établissant dès le départ les enjeux de l’histoire ; les titans sont des êtres géants, informes et asexués. On ne sait pas grand chose d’eux si ce n’est qu’ils semblent dénués d’intelligence et seulement motivés à l’idée de dévorer ces petits humains, véritables fourmis à leurs pieds.

Enfin dénués d’intelligence, c’est vite dit ! Et c’est là la grande force de la série, rien ne semble figé. Les règles et principes établis évoluent au fur et à mesure que l’intrigue se densifie. On est véritablement happé par les évènements. Premier ingrédient de la potion magique donc, il faut que la sauce prenne, quitte à remuer un peu brusquement le tout.

Une sauce bien relevée, c’est bien, mais ça ne fait pas tout. Après cette réflexion digne d’un Top Chef, voyons un peu de quelle consistance est fait ce Shingeki. Tout d’abord, il y a profusion de personnages, et pour une fois, c’est plutôt heureux. Souvent, une trop grande présence de personnages secondaires peut perdre le spectateur/lecteur et perturber le bon déroulement de l’intrigue, mais point de cela ici. Chaque personnage secondaire est relativement bien amené et connaîtra son heure de gloire. Et surtout, c’est un formidable stock de chair à canon. Chaque bataille permet de trucider un bon paquet de personnages, d’en introduire d’autres et ainsi va la vie. Assez rafraîchissant quand on connaît le rythme parfois retenu, pour ne pas dire frustrant, d’autres productions du même acabit.

Mais ce qui fait la force titanesque de Shingeki, c’est son habile mélange des genres. On y retrouve une association d’éléments plus ou moins à la mode comme les mechas (sortes de robots humanoïdes parés pour le combat) et les zombies, le tout passé à la moulinette sauce thriller. Et tout cela sans que ça ne vire au foutras !

Je m’explique, revenons aux débuts des années 2000. Le jeune que j’étais – et que je suis resté – découvrait alors grâce à quelques amis qui se reconnaîtront, un anime qui le bouleversera, Neon Genesis Evangelion. Evangelion, c’était des génériques de folie, des personnages attachants et qui ne tombaient pas dans la facilité du manichéisme, de l’action débordante d’énergie et un scénario passionnant, quoiqu’un peu difficile à cerner.

Si j’en reparle aujourd’hui, c’est parce que j’ai retrouvé une partie de mon enthousiasme d’alors lorsque je me suis mis à Shingeki. Eren, en plus de ressembler beaucoup à Shinji, fait face au même défi et semble souvent ne pas savoir où aller. Lorsqu’il découvre ses facultés spéciales – tout Shônen qui se respecte se doit d’avoir un héros aux capacités surhumaines – Eren fait face à l’incompréhension et parfois au rejet des autres. S’il est moins solitaire, il se démarque clairement du petit groupe qui l’entoure, même si il n’est certainement pas le plus doué ni le plus intelligent. Dans Evangelion, Shinji qui ne semblait pas toujours prendre conscience de ses propres dons, devait apprendre à ne faire qu’un avec son Eva, l’énorme mecha mi-machine, mi-organique. Lorsqu’il prenait des coups, il les ressentait lui-même et ceux qui ont suffisamment avancé dans Shingeki comprendront pourquoi je fais ce parallèle.

La grande tendance du moment, ça n’a échappé à personne vu la profusion de séries, comics, films ou même évènements dédiés, c’est le zombie, le mort-vivant, le bouffeur de cervelle quoi. Quel est le rapport avec Shingeki ? Et bien, l’attitude même de la plupart de ces titans pardi ! Ils errent lentement sans but, dénués d’intelligence et de parole, et ne sont régis que par leur insatiable envie de chair humaine, envie qui d’ailleurs ne rassasie pas leur faim puisqu’ils ne la connaissent pas. Ca fait tout de même furieusement penser au concept même du zombie. Sauf qu’ils sont immensément plus grands. Certes, en avançant plus dans la série, on se rend compte que certains de ces titans sont à part, spéciaux, soit plus grands, plus forts ou plus malins que la masse. Les règles de base et tout ce qu’on savait sur les titans changent.

Ca me fait même penser au très réussi Territoire des Morts Vivants du papa du genre Georges A. Romero. Si la plupart des zombies semblent se comporter comme des bouts de viandes putréfiées sur pattes, certains zombies apprennent de l’homme, communiquent (sommairement) entre eux et se rassemblent. L’allusion est certainement tirée par les cheveux mais inconsciemment, Shingeki semble tirer le meilleur de certains genres voire certaines cultures pour proposer un intéressant pot-pourri. L’univers de la série n’en devient que plus dense, riche et complexe.

LA RANÇON DU SUCCÈS

Vous commencez à nous connaître et tout ne peut être rose. La formule marche du tonnerre mais je tenais tout de même à pointer du doigt certains points, rien de géant mais tout de même.

J’ai parlé un peu d’Eren, le héros de la série. Celui-ci correspond aux archétypes du genre, valeureux, plein de bonne volonté, il jouit en plus de certains pouvoirs que je ne révèlerai pas (même si c’est assez prévisible). Cependant, si le personnage de Mikasa sait rester mystérieux et donc intéressant, la série en fait un poil trop sur Eren. Malgré tous ces retours-en-arrière pour nous expliquer d’où il vient, nous montrer à quel point il peut être déterminé et courageux, l’empathie que l’on est censé ressentir pour lui vole vite en éclat après quelques épisodes/chapitres. Eren ne fait que beugler… Littéralement. Certains passages en deviennent même caricaturaux, Eren doute, puis retrouve la foi et s’époumone pour le clamer haut et fort. C’est tout simplement insupportable, ça ne sert pas souvent à grand chose et c’est un peu trop systématique. Peut-être est-ce pour traduire l’intensité de la rage qui l’habite, si intense que même sa frêle enveloppe humaine ne semble pouvoir la contenir ? Peut-être mais les ficelles sont un peu grosses et font d’Eren un personnage lisse et prévisible qui nous casse un peu trop les oreilles.

Bon rien de grave, rien en tout cas qu’un doliprane ne saura apaiser. Non finalement, le seul point que je peux décemment soulever est la peur de voir la série péricliter, victime de son propre succès. Bon, on est dans l’anticipation, certes, mais tout le remue-ménage que cause notamment l’anime semble mettre au monde une progéniture qu’il sera difficile de contenir. Isayama semble pour l’instant garder un certain contrôle sur sa série, mais on sait d’ores et déjà qu’un OAD (long métrage animé qui sort directement en DVD) est prévu pour décembre, et qu’il relatera plus en détail la formation militaire d’Eren, Mikasa et de toute la joyeuse troupe. Des jeux vidéos sont programmés ainsi qu’un film live, un film en prise de vue réelle avec de vrais acteurs. Pour en revenir à nos histoires de zombies, le parallèle peut être fait avec The Walking Dead, le comic, qui est devenu une série télé qui suit maintenant sa propre logique et un jeu vidéo qui a sa propre histoire. La fusion de ces divers support d’expression est intéressante mais peut aussi générer une certaine confusion. L’esprit de la série télé qui doit toucher un public plus large, s’éloigne grandement de celui du comic, chose qu’évite pour l’instant l’anime Shingeki, qui se veut très fidèle au manga tout en améliorant les dessins d’origine.

Tout ça en une année, c’est déjà pas mal ! Alors j’espère franchement que tous ces gros sous sous ne dénatureront pas l’oeuvre d’origine d’Isayama, que celui-ci pourra mettre un terme à son intrigue comme et quand il le souhaitera, sans qu’on lui impose des passage à rallonge, sans queue ni tête pour grappiller quelques précieuses minutes/pages par-ci, par là. Je ne remettrai pas le couvert sur Naruto, One Piece et consort mais cette narration hyper découpée, scindée à tout va par d’incessants retours en arrière est clairement la raison pour laquelle je n’ai pas accroché à Naruto et abandonné One Piece. C’est un écueil que j’espère bien voir Shingeki No Kyojin éviter

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Shingeki no Kyojin est le shônen que je n’attendais plus. Un rythme effréné, du grand spectacle et une animation fluide malgré un character design plutôt banal – on ne peut pas tout avoir – en mettent clairement plein la vue, et surtout donnent envie d’en savoir plus. L’histoire est de qualité et l’auteur a su intelligemment remettre en question les acquis des premiers épisodes pour chambouler les règles du jeu, personne ne semble être à l’abri et les titans n’en sont qu’encore plus terrifiants puisqu’ils ne semblent pas être si benêts que ça! Reste plus qu’à prier pour qu’Isayama San puisse continuer tranquillement son oeuvre sans avoir d’éditeurs ou producteurs arqués sur son dos pour surveiller ses moindres faits et gestes.