DE STAR WARS À CREED, UN NOUVEL ESPOIR

DE STAR WARS À CREED, UN NOUVEL ESPOIR


Il n’y a pas si longtemps, dans une galaxie pas si lointaine que cela, s’éteignait une saga, un mythe qui avait bercé des années durant plusieurs générations de doux rêveurs. En mai 2005, avec un Épisode III avant tout destiné à combler les aficionados, Star Wars prenait fin dans une certaine hystérie. La boucle était bouclée, Anakin Skywalker, l’élu, avait entériné sa transition vers le côté obscur en revêtant le sombre masque du Seigneur Sith Dark Vador. Depuis, tel un serpent de mer, des rumeurs sur une nouvelle trilogie agitait quelque peu les forums des fans, qui sevrés de nouvelles histoires à vivre, se prenaient à rêver d’une suite à la trilogie originelle, celle qui donna vie au phénomène.

En 2015, cette rêverie devenait réalité, un épisode VII, qui cristallisait toutes les attentes et fantasmes, sortait enfin dans les salles obscure. Le pitch était simple, une nouvelle génération de héros devait prendre la relève d’icônes bien connues pour affronter un nouvel ordre venu remplacer l’Empire. 30 années après, rien ne va plus dans la galaxie.  Les scènes de liesses entre-aperçues à la fin de l’Épisode VI laissent place au chaos et à la désolation. L’Épisode VII d’ailleurs ouvre ainsi la danse sur une scène de massacre que n’aurait pas renié Dark Vador.

L’ÉTOILE D’ABRAMS

L’histoire était belle, J.J. Abrams réalisateur d’un Star Wars. Le gamin dont la légende dit qu’il aurait été découvert par Kathleen Kennedy en personne à un jeune âge, la même Kathleen Kennedy qui prendra des années plus tard la direction de LucasFilm. Une sorte de cercle vertueux, Star Wars perdait son papa mais retrouvait un nouveau guide en la personne du fils caché !

Comme toutes les belles histoires, la réalité est souvent un peu plus terne. En réalité, Disney, avant de penser à Abrams, avait d’abord jeté son dévolu sur Brad Bird, génial réalisateur oeuvrant principalement pour PIXAR. Celui-ci occupé à préparer son long métrage non animé, À la poursuite de demain déclinera l’offre, ce qui lui vaudra un sévère retour de bâton ! Exit donc Brad Bird, bienvenu au prodige Abrams, l’élu en charge de restaurer l’équilibre dans la force.

Le projet poursuit son bout de chemin, une date de sortie est enfin annoncé et le barnum médiatique peut enfin commencer ! Des premières images révélées à la sortie du film, la planète Star Wars retient son souffle. Le film à sa sortie explose le box office, et même si ce ne sera pas finalement au long terme le film le plus rentable de tous les temps, les chiffres sont astronomiques. Le succès public est donc au rendez-vous pour cet épisode globalement bien apprécié.

La patte Abrams dans le film se fait ressentir, la mayonnaise ainsi prend et offre une première moitié de film de très bonne facture. Cependant, et c’est aussi là qu’on reconnaît les films d’Abrams, passée cette première moitié, l’aventure retombe comme un soufflé. Événements prévisibles, personnages secondaires qui vont et viennent sans explication, des “hommages” tellement appuyés qu’on aurait l’impression de se retrouver parfois 35 ans en arrière !

Ainsi se voit la marque de J.J. Abrams, le jeune réalisateur se veut être un formidable résurrecteur de mythe, assurément, mais il n’a pas le génie narratif de ses illustres mentors, Spielberg et Lucas en tête. S’il sait s’approprier avec brio les codes esthétiques d’une série comme Star Wars (les transitions entre les scènes par exemple, les plans d’ouverture et de clôture, etc.), il échoue lorsqu’il faut sublimer, transcender les mécaniques d’origine. Ce Réveil de la force manque cruellement de modernité et d’air nouveau, un constat étonnant surtout lorsque l’on sait qu’à la tête de l’empire Star Wars, George Lucas n’était plus. Une certaine rupture avec ce qui a été pouvait ainsi être opérée. Mais on ne s’affranchit pas du lourd héritage d’une entreprise commerciale comme Star Wars et cela se ressent. Lorsque Han Solo et Chewie font leur entrée, celle-ci est ponctuée d’un moment de flottement, comme si les applaudissements étaient de rigueur. La seconde moitié de film, celle qui voit le retour des anciens effectue donc un retour non pas vers le futur mais vers le passé. Non seulement, cela ne permet pas à la nouvelle relève d’éclore, mais on se surprend à se demander ce que serait devenu le film s’il avait fallu faire sans un Han Solo débonnaire et une Princesse Léia bien peu expressive. Le film n’est pas à proprement parler plombé par ces apparitions d’un autre âge mais il est en quelque sorte brimé, freiné en plein envol.

Le retour des vieux !

LA MADELEINE DE JABBA

N’est-ce pas dans l’air du temps justement de rendre hommage (ou resucer, c’est selon) aux légendes de notre passé, de Jurassic Park à Star Wars en passant par Terminator ou encore Mad Max et Rocky, le cinéma populaire se tourne de plus en plus vers un temps désormais révolu. Si la sauce prend pour certains, Mad Max et Rocky en tête avec un surprenant Creed, la plupart du temps, les enjeux principaux de ces films reposent essentiellement sur un effet de nostalgie. Et Star Wars n’y échappe pas, offrant par moment des madeleines proustiennes à la pelle pour faire vibrer le coeur des plus anciens dans la salle. Au point de friser l’indigestion ? Peut-être pas mais une fois passée l’excitation initiale de retrouver Star Wars, on se sent un peu ballonné.

Sortir ce Star Wars en 2015 est alors symptomatique d’une certaine industrie du cinéma populaire américain ; s’appuyer sur le passé, quitte à le recracher sans subtilité aucune pour faire sonner les caisses enregistreuses dans les cinémas, les boutiques et autres lieux de pèlerinage moderne. C’est ainsi que Jurassic World peut se permettre de calquer son timbre-scénario sur le souvenir du premier film, alors impressionnant techniquement et sacrément phénoménal ou que Terminator Genisys se paiera le luxe, en plus de nous abreuver à chacun de ses plans de fan-service, de réécrire l’histoire du film de James Cameron, véritable oeuvre-cauchemar d’anticipation ! Les super-productions d’aujourd’hui, contrairement à celles d’hier, semblent-elles condamnées à regarder dans le rétroviseur plutôt que d’aller de l’avant ?

GONNA FLY NOW

Heureusement non, la grâce vient même parfois des recoins les plus insoupçonnés. Le renouveau, c’est ce que parvient à atteindre Ryan Coogler avec son détonnant second long métrage, Creed, qui met à l’honneur le rejeton caché de l’ancienne gloire de la boxe Apollo Creed. Le parti pris de s’intéresser à l’histoire jusqu’ici si peu exploitée du grand rival/ami de Rocky est déjà la première bonne idée d’un film qui n’en manque pas. Creed, bien qu’il emprunte un chemin similaire à celui de son illustre ainé de 76, sait parfaitement se jouer des codes d’une saga vieille de quatre décennies pour se les ré-approprier. Ici, les “bums”, les “loosers”, les laissés pour compte de la grande Amérique sont toujours présents. Ils ont troqué le chapeau et les mitaines pour les pulls à capuche et les écouteurs bien vissés dans les oreilles, mais leur galère est la même. Philadelphie en 2016 n’est pas plus accueillante pour ceux qui triment que celle de 1976.

CREED-plan2

Un nouvel espoir

L’autre astuce de ce Creed est d’avoir habilement su reléguer Rocky au second plan. Relégué mais pas oublié, Rocky, ainsi tapi dans l’ombre, gagne en épaisseur et en charisme. Il devient le mentor, le garant de la transmission du savoir et ici de la franchise. 76 appartenait à Rocky, boxeur plutôt quelconque, à la technique lourde mais au grand coeur, 2016 sera l’année de Creed, jeune boxeur autodidacte en quête de reconnaissance. C’est précisément sur ce terrain que Le Réveil de la force chancelle, se retrouve groggy dans les cordes. Han Solo, Chewie, Leia et même Luke, pourtant grand absent de ces retrouvailles, phagocytent l’écran et asphyxient totalement les nouveaux venus, constamment hébétés et surpris de se retrouver au milieu de ces légendes. Un décalage s’opère et dès lors, la sensation de regarder un Star Wars s’auto-référençant à outrance devient omniprésente au point d’en retirer toute substance dramatique.

Coogler, quant à lui, par un certain mimétisme, réussit à placer les deux films, Rocky et Creed, sur la même ligne, et d’une habilité digne d’un voltigeur, ne cède pas au lourd héritage de ‘“l’Étalon italien”. On ne ressort pas de Creed avec l’amère sensation d’avoir revu un Rocky, on en ressort avec l’agréable surprise d’avoir découvert un nouveau film, au propos actualisé et un nouveau poulain en qui croire. Michael B. Jordan, découvert dans l’excellente série Friday Night Lights, l’étonnant Chronicle et Fruitvale Station, premier film de Coogler, est certes déjà connu du public. Mais après le retentissant flop du reboot des 4 Fantastiques (pourtant du réalisateur de Chronicle), Creed lui permet un retour en force et de renouer avec un cinéma plus sensible et plus proche de ses débuts. Un renouveau donc qui peut bien faire des envieux. Coogler avec son Creed parvient à faire ce que J.J. Abrams et son Star Wars n’ont pas tenté de faire, de se réinventer !

Star Wars : Le Réveil de la force, sans être un mauvais film, n’est résolument pas un bon film. À force de singer le trilogie d’origine, cet Épisode VII se veut presque être une compilation des moments marquants des Épisodes IV, V et VI. Pire, c’est  presque de l’indifférence qui ressort, un sentiment qui m’était alors inconnu lorsqu’il s’agissait d’évoquer Star Wars. Ce manque de punch, Creed ne connait pas tant Ryan Coogler a su placer ses coups intelligemment pour mélanger avec brio nostalgie et découverte. L’espoir est alors permis, et c’est un autre Rian qui cette fois-ci devra se retrousser les manches. Rian Johnson, réalisateur de Looper, sympathique film SF qui remettait au goût du jour les voyages spatio-temporels, est aux commandes d’un Episode VIII attendu au tournant. Espérons que de Looper, Johnson aura retenu au moins une chose, toujours aller de l’avant.