TOMB RAIDER

TOMB RAIDER


2012, année chinoise du Dragon, devait être l’année de Lara Croft, véritable égérie vidéoludique et sex-symbol pour tout gamer qui se respecte (génération pré-Call of Duty et autres séries fadasses du moment). Son grand retour fut néanmoins retardé pour ce premier trimestre 2013, et c’est donc pendant l’année du Serpent que Lara reprend du service. Dans l’astrologie chinoise, le Dragon est connu pour représenter la violence, l’extravagance ou encore les évènements qui s’enchaînent sans répit, alors que le Serpent est symboliquement associé à la sagesse, la réflexion ou encore la créativité. Alors ce Tomb Raider nouveau, cuvée Dragon ou Serpent ?

CURE DE RAJEUNISSEMENT

La jolie archéologue nous revient donc dans une aventure inédite, un « reboot » préquelle. Des termes bien barbares derrière lesquelles se cache une véritable refonte de la série tant au niveau de l’histoire qu’au niveau de la jouabilité et de la narration. Petit artifice narratif, le jeu a pour ambition de mettre en scène une jeune Lara, qui se lance à la découverte du monde et qui prend part à sa première expédition. Elle et son équipe sont à la recherche de la Reine-Soleil Himiko, à la tête du Royaume perdu de Yamatai, un archipel du « Triangle du Dragon » paumé au sud du Japon. V’la pour les présentation ! Bien sûr, comme il faut bien qu’il y ait un jeu, rien ne se passe comme prévu et des vents violents précipitent le cargo de notre petite équipe sur les récifs d’une île jusque-là inconnue. Vous l’avez dans le mille, c’est évidemment l’île qui abrite le Royaume perdu. Après une cinématique assez sympatoche et bien tape à l’œil, on peut enfin faire nos premiers pas sur l’île. Et on est tout de suite prévenu, le jeu alterne séquences de jeu linéaires ponctuées de QTE et séquences de jeu d’exploration plus conforme à la série et qui fera travailler un peu (tout petit peu) les méninges.

Par conséquent, le jeu se finit aisément malgré quelques passages de gunfights un peu vicelards, notamment à cause de scripts pas toujours maitrisés qui peuvent dans la seconde nous envoyer des hordes d’ennemis affutés. Cependant l’aventure ne s’arrête pas là et il vous faut, une fois le générique de fin bouclé, reprendre du service pour explorer de fond en comble l’île. Et c’est peut-être là que réside le véritable intérêt du jeu. On peut à loisir revenir dans les zones ouvertes, toutes connectées entre elles par des campements. Ces zones sont souvent denses, quelques unes proposeront même des (petites) énigmes basées sur la verticalité et Lara saura mettre à profit ses dons d’escaladeuse et de cascadeuse. Une Lara qui sautille partout dans des niveaux semi-ouverts, déglinguant une flopée d’ennemis, s’en prenant plein la tronche, se démenant à coup de QTE… C’est étrange mais à qui donc est-ce que cela fait penser ? Hum…

UNE AVENTURIERE EN TERRAIN (IN)CONNU

La formule de ce nouveau TR prétend faire peau neuve, mais est-ce réellement le cas ? Pour y voir plus clair, parlons d’abord des épisodes précédents, également développés par Crystal Dynamics : Tomb Raider Legend (déjà un reboot) et Tomb Raider Anniversary (une reprise du premier épisode remis au goût du jour). Ces épisodes s’inspiraient déjà à l’époque de ce qui se faisait de mieux sur PS2 et XBOX pour moderniser la formule et ils avaient réussi à donner un véritable coup de jeune à une franchise devenue déjà un dinosaure – fossile – du jeu vidéo. La jouabilité s’était assouplie et surtout les niveaux proposés étaient moins ouverts, moins propices à l’exploration et variaient habilement entre séquences d’escalades et d’action. On pense comme source d’influence à la série des Prince of Persia, véritable référence des années 2000, pour la gestuelle de la belle. Finis les mouvements ultra-rigides de la génération précédente qui à un pixel près, pouvaient provoquer la mort de Lara et l’ire du joueur. La formule s’adoucit, voire s’est casualisée, ont pu dire certains. Peut-être, mais le challenge offert se situait plus au niveau des objets secrets à débloquer que de simplement finir le jeu, ce qui ne devenait plus qu’une simple formalité.

Et c’est bien cette recette là que semble suivre TR. Le début du jeu donne vite le ton de l’aventure et se révèle d’ailleurs assez immersif. Cependant, il fait curieusement penser au prologue de Far Cry 3. Alors qu’on est très vite lâché dans le monde dantesque de Far Cry 3, dans Tomb Raider, le joueur sera guidé du début à la fin par le bout du nez, offrant de superbes panoramas au passage. La formule parvient à fonctionner et c’est peut-être parce que ce TR ne s’inscrit pas en rupture avec ses ainés, sauf si on considère les épisodes sortis sur PS1 (développés par Core Design). Crystal Dynamics comme à l’époque nous ressert à peu de choses près les même mécaniques de ce qui avait fait le succès des aventures précédentes de Lara. A peu de choses près, car entre temps, de nouvelles références du jeu vidéo sont arrivées – Uncharted et Gears of War en tête – et ce n’est pas passé inaperçu chez les petits gars de Crystal Dynamics.

CROFT, LARA CROFT

Une fois ce TR bouclé, on ne peut s’empêcher de se dire qu’il manque quelque chose. Le jeu à la manière d’un Uncharted s’enchaîne très bien. Il offre du grand spectacle et en met plein la tronche à une Lara qui comme c’est le cas pour Nathan Drake finira amochée mais pas trop ; faut quand même pas abimer une si jolie gueule. La petite, c’était la promesse du titre, devait aussi souffrir le calvaire au niveau psychologique, mais mise à part le premier animal tué, Lara s’habitue bien vite à donner la mort à des hordes de crétins endoctrinés sans que cela ne semble trop l’affecter. Point de survie au final (la partie chasse est vraiment facultative), la polémique de la fameuse « scène de tentative de viol » est tombée à plat – n’ayant pas à l’époque suivi la polémique, je n’avais même pas repéré la dite scène en question, merci internet ! – et finalement, et c’est là où le bas blesse un peu, on joue un peu trop à ce TR comme on jouerait à un Uncharted. Ce nouvel épisode manque singulièrement d’identité propre et bizarrement cela me fait penser aux nouvelles aventures de l’espion le plus célèbre de la terre, James Bond.

Comme dans les derniers films de l’espion de sa Majesté, quand on joue à ce TR, on a l’impression de se retrouver devant une vitrine de toutes les innovations en vogue. Dans les derniers James Bond, on retrouve le désormais cocktail efficace qui mixe costumes classes et bien cintrés (qui curieusement ne se déchirent jamais), montres de luxe au poignet, une jolie faire-valoir, cascades en tout genre et surtout une surenchère de gadgets et autres joyeusetés. Dans les James Bond à l’ancienne, les gadgets étaient au service de l’histoire et des acteurs et certainement pas un des acteurs du film. La comparaison vient de loin mais le sentiment est le même. Tout s’enchaîne de manière plaisante mais rien ne reste. La fin, très courte, est d’ailleurs assez révélatrice tellement elle est pauvre. L’histoire se répète et elle est déjà connue ; pas de répit pour Lara maintenant qu’elle nous est revenue toute rajeunie, et liftée.


Ce Tomb Raider 2013 n’est pas un mauvais jeu, loin de là, c’est même un bon jeu. Mais une fois l’aventure pliée, il en résulte un drôle de sentiment. Certes, on ne recense pas de véritables défauts à ce nouvel épisode, la miss se manie très bien, les graphismes sont solides, l’histoire s’enchaîne sans temps mort malgré une certaine propension à abuser de QTE et on passe un bon moment. Mais on n’arrive jamais à se retirer de la tête cette impression de déjà-vu et d’avoir encore joué au même jeu avec des personnages différents (surtout si vous avez une PS3). Lara s’apparente un peu trop à une version masculine de Drake, ponctuant toujours l’action de petits cris et commentaires. Ce qui faisait le charme de la série d’antan se dilue dans ce cocktail explosif de scènes d’action certes musclées mais où l’humour et le second degré font défaut. Oui, Lara à force de serpenter entres ses diverses sources d’influence a raté le coche de la créativité pour privilégier l’artifice. Un jeu tellement année du dragon.

Un petit bonus pour ceux qui sont arrivés jusque là !!