Dossier ACIII (2/3) | Un voyage américain à Paris

Dossier ACIII (2/3) | Un voyage américain à Paris


Commençons donc ce voyage par l’ultime emblème de l’indépendance des Etats-Unis, la Maison Blanche.

La Maison Blanche est officiellement inaugurée en 1800 et accueille le deuxième président des Etats-Unis, John Adams. On l’appelle alors le palais présidentiel, le nom de Maison Blanche lui n’apparaît officiellement qu’en 1811. Deux théories sont avancées quant aux origines de ce nom. La première voudrait que, si Georges Washington lui même n’y a jamais résidé, ce nom vienne de celui de la plantation de la famille de sa femme, Martha dite alors Lady Washington. Plantation située en Virginie et appelée White House Plantation. L’autre thèse propose une approche plus pragmatique. En 1814, lors de la guerre anglo-américaine qui débute en 1812, les Anglais mettent le feu à plusieurs bâtiments publics de la ville de Washington dont la Maison Blanche qui brûle presqu’entièrement. Seuls les murs extérieurs restent debout mais la plupart de ces murs sauf quelques portions de la façade sud, seront finalement démolis car trop fragilisés par le feu. Il est alors suggéré d’utiliser lors de la reconstruction de l’édifice, de la peinture blanche pour masquer les stigmates de l’incendie.

L’architecte James Hoban est à l’origine des premiers plans de la Maison Blanche, commandés alors par Georges Washington. Mais Thomas Jefferson, qui a vécu en France de 1784 à 1789 où il a notamment officié comme ambassadeur des Etats Unis, aurait lors de son retour, fait part des ses découvertes architecturales à Washington et Hoban. En outre, Jefferson avec Benjamin Latrobe, a participé à la conception des plans des colonnades ouest et est de la Maison Blanche, qui serviront principalement d’espaces de stockage et de rangement. Le style de la Maison Blanche se rapproche du style classique, largement représenté à Paris à cette époque, et du style géorgien, alors en vigueur dans les pays anglo-saxons.

L’HOTEL DE SALM

Ce qui nous intéresse ici est principalement le portique sud de la Maison Blanche, composé de colonnes disposées en un demi-cercle dans lequel se trouve le bureau ovale. Une source d’inspiration possible se trouve au cœur de Paris. Il s’agit de l’hôtel de Salm, actuel palais de la Légion d’honneur, commandé en 1782 par le prince Frédéric III de Salm-Kryburg et dont les plans définitifs furent achevés en 1783 par l’architecte Pierre Rousseau. Le palais est habitable dès 1788 et sera entièrement fini en 1792, alors que Frédéric III a déjà été guillotiné. Il devient alors brièvement propriété de l’Etat français jusqu’en 1795, quand il est restitué aux héritiers du prince. En 1804, Bernard Germain de Lacépède, nommé Grand Chancelier en 1803 par le Premier Consul Napoléon Bonaparte, achète l’hôtel pour en faire le palais de la Légion d’honneur.

RESSEMBLANCE AVEREE ?

Affirmer que l’hôtel de Salm a été une source d’influence pour la conception du portique sud de la Maison Blanche serait exagéré car il n’existe pas de documents officiels le confirmant. Cependant, il semble également peu probable que ce ne soit qu’une simple coïncidence. Les deux bâtiments ont d’ailleurs été construits quasiment au même moment, l’hôtel de Salm devenant habitable dès 1788, un an avant le retour aux Etats-Unis de Thomas Jefferson. On sait d’autre part que Jefferson, passionné d’architecture, appréciait tout particulièrement l’hôtel de Salm qu’il admirait depuis le jardin des Tuileries. Et il faut bien admettre certaines ressemblances troublantes, qu’il s’agisse de la disposition des fenêtres, des colonnes voire de ce style néo-palladien qui confère à ces résidences un côté « maison importante ». Toutefois, il faut noter quelques différences notables entre les deux édifices. Tout d’abord, la Maison Blanche comporte deux étages alors que l’hôtel de Salm n’en comporte qu’un. De surcroît, le portique sud de la Maison Blanche ne possède pas de coupole alors que c’est le cas pour la façade coté Seine de l’hôtel de Salm.

AUTRES SOURCES D’INFLUENCE
Soulignons aussi l’hypothèse qui voudrait que la Maison Blanche s’inspire, voire reproduit le style architectural du Château de Rastignac Ici, la ressemblance est plus que frappante mais les historiens restent partagés sur la question. La construction du Château de Rastignac n’a en effet commencé qu’en 1811 pour terminer en 1817, le chantier ayant été retardé par les évènements de la Révolution française. Certains historiens pensent que même si le Château de Rastignac n’a été construit qu’après la Maison Blanche, les plans du Château avaient été au préablable déposés auprès de l’Ecole d’Architecture de Bordeaux que visita Thomas Jefferson en 1789, juste avant son retour en Amérique, et donc trois années avant qu’il ne soumette anonymement sa propre proposition au concours architectural organisé par Georges Washington pour la construction du premier palais présidentiel des Etats-Unis.
Pour finir cette succincte rétrospective sur la Maison Blanche et ses possibles influences architecturales, revenons à Paris pour évoquer l’hôtel Thellusson, achevé en 1781 et détruit en 1826 pour prolonger la rue Lafitte jusqu’à la rue de la Victoire. Ce luxueux hôtel, alors situé au 30, rue de Provence, a été construit en 1778 par Claude-Nicolas Ledoux pour Marie-Jeanne Girardot de Vermenoux, veuve du banquier suisse Georges-Tobie de Thellusson qui donne son nom à cet hôtel. Ce n’est qu’en 1781 que Jean-Isaac de Thellusson de Sorcy fait achever l’hôtel. On y retrouve ce style classique, alors de mode à Paris à la fin du XVIIIème, comportant également une colonnade centrale.

Ce voyage américain à Paris continue et enchaînons tout de suite avec l’autre grand symbole des Etats-Unis, la Statue de la Liberté.

« FREEDOM, A LONG WAY FROM MY HOME »

Causons maintenant de cette fameuse statue de la Liberté et rappelons quelques points d’Histoire. Comme son nom l’indique, cette imposante statue se veut être l’allégorie parfaite de la liberté et de la lutte contre l’oppression. Tout aussi symboliquement, c’est également Lady Liberty qui accueille tous les immigrés arrivant à New York, fuyant pour beaucoup la guerre, la misère et rêvant d’un monde meilleur qu’ils espèrent trouver dans cette jeune Amérique. La statue de la Liberté est la création du sculpteur Auguste Bartholdi et son élaboration est un véritable parcours du combattant.

Elle sera inaugurée en 1886 aux Etats-Unis à l’occasion du centenaire de la déclaration d’indépendance américaine. L’idée date de 1865 et nous vient d’Édouard Laboulaye, alors juriste et professeur au Collège de France. Il souhaite confier à son ami Bartholdi (avec qui, en 1875, il prendra part à la création de l’Union franco-américaine) l’élaboration d’un monument célébrant l’amitié entre la France et les Etats-Unis. Cependant, ce n’est que quelques années plus tard que Bartholdi s’attèle à la tâche, à Paris même, au 25, rue de Chazelles, sollicitant l’architecte Eugène Viollet-le-Duc pour le choix des cuivres et des techniques de travail à employer. Ce bon vieux Eugène cassant sa pipe avant la fin du projet, c’est l’ingénieur Gustave Eiffel en personne qui reprendra le flambeau. Il imagine alors pour la structure interne, d’élaborer un pylône métallique sur lequel viendront se poser les plaques de cuivre.

La tête est présentée lors de l’Exposition Universelle de Paris en 1878. Les travaux s’arrêtent deux ans durant, le temps que Bartholdi finisse par empocher une somme rondelette. Cependant, le sort ne lâche pas d’une semelle cet obstiné d’Auguste qui apprend en 1883, que le congrès américain ne souhaite plus financer le piédestal qui doit accueillir la statue. Et si cela ne suffisait pas, quelques mois plus tard, Bartholdi assiste aux funérailles de l’initiateur et véritable père spirituel du projet, Laboulaye. Alors intervient Joseph Pulitzer, propriétaire du « World », qui se sert de son journal pour organiser une véritable campagne de sensibilisation auprès des citoyens de New York. Il parvient ainsi à réunir les 100 000 dollars manquants, au grand soulagement on l’imagine, de Bartholdi.

La Statue est terminée à Paris en 1884 et commence un périple pour le nouveau monde qui durera 2 ans. Il faudra ensuite 4 mois pour tout réassembler. La statue de la Liberté est finalement prête en 1886, 10 années déjà après la date du centenaire de la déclaration d’indépendance américaine.

LADY LIBERTY, MRS EIFFEL AND THE PRINCESS

Dirigeons-nous aussi gracieusement que Connor, sautant de toit en toit, vers l’île des Cygnes, située non loin du pont de Grenelle pour trouver notre statue de la Liberté, réplique offerte par le Comité des Américains de Paris à l’occasion du centenaire de la Révolution française et inaugurée 3 ans donc après sa grande sœur. Elle est certes bien moins imposante (environ 4x moins) que l’originale mais elle profite d’un emplacement privilégié partageant la vedette avec sa voisine, la tour Eiffel. Citons au passage cette petite anecdote. A l’origine, la statue faisait face dans l’autre sens, pour ne pas tourner le dos au palais de l’Elysée. C’est à la demande de Bartholdi, qu’on finira en 1937 par pivoter la statue pour qu’elle puisse faire face à New York.
Cette Miss Liberty n’est évidemment pas la seule réplique de la statue que l’on trouve à Paris. Attardons-nous tout d’abord non loin de l’île des Cygnes et parlons du flambeau de la Liberté. Ce n’est pas une réplique de la statue à proprement parler mais il s’agit en fait d’une reproduction exacte du flambeau de la statue, donnée à la France en 1989, en guise de remerciements de la restauration de la statue de la Liberté, réalisée trois ans plus tôt par deux entreprises françaises. Le flambeau de la Liberté se situe place de l’Alma, et est devenu depuis 1996, le lieu improvisé de recueillement à la mémoire de Lady Diana.

LUXURIANTE LIBERTE

Quittons les bords de la Seine et dirigeons-nous vers le centre de Paris, à côté du quartier étudiant, pour nous rendre au jardin du Luxembourg, que l’on doit à Marie de Médicis. Il y avait jusqu’à cette année, une réplique de la statue de la Liberté qui trônait en plein cœur du jardin. Pour comprendre comment cette réplique a pu arriver là, il nous faut remonter l’horloge jusqu’à l’année 1878, date à laquelle Bartholdi achève une maquette en plâtre haute d’11,50 mètres et pesant tout de même 14 tonnes. A partir de ce plâtre, maintenant exposé au musée des Arts et Métiers à Paris, un premier modèle en bronze est coulé pour être ensuite offert en 1900 par Bartholdi au musée du Luxembourg. Puis à partir de 1906, à la demande de la femme de Bartholdi, ce modèle sera exposé dans le jardin, et ce jusqu’en 2012, quand la statue donnée au musée d’Orsay est remplacée par une copie. La statue de l’île des Cygnes est elle-même un modèle en bronze coulée de cette maquette de plâtre. Notons qu’il existe un autre modèle en bronze coulé qui est parfois exposé devant le musée des Arts et Métiers.

C’est ici que se termine notre voyage américain à Paris, dont l’objectif était de souligner la grande amitié et intimité que se partagent la France et les Etats-Unis, et que l’idée de voir une suite spin-off d’Assassin’s Creed III avec Connor à Paris, menant la révolution française n’est pas si saugrenue que ça. Ce dossier ACIII va donc prendre fin avec le debrief du jeu, sorti en novembre. Il ne s’agit pas d’un test mais plutôt d’un compte-rendu de nos impressions sur le jeu, des dizaines et dizaines d’heures passées à se triturer les pouces sur la manette.