The Walking Dead | Saison 1

The Walking Dead | Saison 1


C’est un phénomène bien connu, quand une série connaît un certain succès, elle est souvent adaptée en jeu vidéo et disons-le, peu souvent de manière très convaincante. C’est Telltale Games qui s’y colle et admettons que le jeu est plutôt réussi, malgré quelques soucis de réalisation.

PERE CASTOR…

Telltale Games s’est fait connaître en réalisant des remakes de point & Click de LucasArts comme Sam & Max et des récits interactifs comme Retour vers le Futur pour boutiques virtuelles (App Store, PSN, Xbox Live Market et tutti quanti). Ils reprennent ici la même formule, du jeu épisodique mêlant action, réflexion et narration. Précisons d’abord qu’il ne s’agit pas d’une adaptation de la série télé, mais bien des comics de Robert Kirkman. Telltale, dont le nom pourrait se traduire littéralement par « raconter une histoire » préfère conter l’histoire inédite et parallèle de Lee Everett, un ex-professeur d’Histoire à l’Université de Géorgie et désormais prisonnier jugé coupable, en route pour purger sa peine. Ce choix, que l’on retrouve souvent dans les adaptations en jeux vidéo de films/livres, permet d’exploiter l’univers chaotique de la série toute en se préservant une certaine liberté dans la narration. Que les fans se rassurent, on rencontre tout de même au fil de l’aventure des personnages connus du comic et ces rencontres sont souvent bien amenées.

Le jeu commence donc avec Lee se faisant conduire, menotté, par le shérif local qui en profite pour vous taper un brin de causette. Cette scène qui sert de tutoriel vous présente l’essentiel des boutons et vous initie d’abord aux phases de dialogue. Le shérif vous posera des questions et libre à vous de choisir la réponse appropriée, et par conséquent de déterminer la personnalité de Lee. En effet à chaque réponse donnée, le jeu vous rappelle que le personnage avec qui vous interagissez s’en souviendra et pourra donc vous accuser de mentir si vous dites le contraire plus tard. Telltale Games s’engage donc en faveur d’une narration poussée où chacun de vos choix est enregistré et pourra avoir des conséquences un ou deux épisodes plus tard.

ZOMBIELAND

Le jeu mêle habilement les genres et propose trois phases distinctes de gameplay. Commençons par les scènes d’exploration, dans lesquelles vous pouvez directement contrôler le personnage et interagir avec le décor, de manière assez succincte tout de même, un peu comme dans un LA Noire. Viennent ensuite les séquences de dialogue, dans lesquelles vous devez répondre dans une limite de temps, plus ou moins stricte en fonction de l’urgence de la situation. Et enfin, il vous faudra parfois par le biais de QTE survivre à certaines scènes d’action. On le voit, Telltale Games favorise un gameplay hybride qui fonctionne et qui permet surtout au jeu d’offrir un rythme varié. Un peu comme dans le comic et son adaptation à la télévision, le jeu propose des moments de répit, souvent bienvenus qui permettent de poser le contexte et de connaître mieux les personnages, avant que le groupe ne soit de nouveau en péril et confronté à des choix difficiles qui nécessitent que l’on tranche dans le vif. Le joueur devra prendre des décisions radicales qui se concluent souvent par la mort brutale d’un personnage.

On passe d’une phase à l’autre de manière très fluide, le rythme est soutenu et les dialogues relativement bien écrits. On se prend donc au jeu et on s’attache progressivement aux personnages, plus particulièrement à la petite Clémentine sur qui vous veillez. La narration met en valeur chacun des personnages essentiels du groupe, les impliquant dans vos décisions et eux n’hésitent pas également à vous impliquer lorsque la situation devient délicate à gérer. Certains vous prendront à partie, rien n’est figé, et le simili de sentiment de sécurité que l’on ressent parfois peut vite voler en éclat. De ce point de vue, Telltale Games réussit formidablement bien à retranscrire l’univers de The Walking Dead, mettant le joueur face à ses responsabilités, une situation que vit Rick le personnage principal du comic et qu’il regrette bien souvent. À noter également qu’en fin de chapitre, le jeu vous montre quel pourcentage de joueurs a fait les mêmes choix que vous, option qui favorise la rejouabilité, ne serait-ce que pour revivre l’aventure en changeant le destin de certains personnages. Notons que ce premier épisode se termine entre 3 et 4 heures pour ceux qui aiment prendre leur temps. Cela semble peu mais au final payer le season pass 25 euros pour 5 épisodes, avec plus ou moins un mois d’intervalle entre chaque épisode, on ne peut décemment pas crier au scandale.

ZOMBIE, OH MON BEAU ZOMBIE

Adaptation du comic oblige, Telltale Games a fait le choix de graphismes en cel-shading, décision on ne peut plus logique. Les environnements proposés sont variés, alternant intérieurs et extérieurs et mettent bien en valeur ce sentiment de chaos total. Les personnages sont très réussis, quoiqu’un peu caricaturaux pour certains. Les expressions faciales sont quant à elles concluantes et retranscrivent bien ce que ressentent les personnages, notamment lors des phases d’action en QTE. Quand la peur s’empare de Lee, il faut voir à quel point il peut écarquiller les yeux, ce n’est pas toujours réaliste mais ça colle bien avec le style comic de la série. Néanmoins tout n’est pas rose dans The Walking Dead.

Non seulement devez-vous survivre contre des zombies déchainés, combattre des humains véreux mais en plus de tout cela, vous devez faire face à de nombreux bugs et ralentissements. Il arrive, lorsque vous effectuez un choix déterminant pour l’histoire que le jeu se freeze un court instant avant qu’une séquence cinématique ne s’enclenche, et cela casse complètement le rythme. Le jeu est fréquemment ponctué de saccades, et c’est plus rare mais parfois les musiques et/ou dialogues ne s’enclenchent pas correctement entrainant un décalage avec ce qui se passe à l’écran. Plus grave, Il est aussi arrivé que l’écran de statistiques à la fin de l’épisode ne s’affiche pas correctement, forçant le joueur à quitter la partie et à repasser par le menu principal pour faire afficher les statistiques par épisode.

Puisqu’on parle de choses qui fâchent, on peut aussi pester contre l’absence totale de traduction. Que les dialogues restent en anglais, c’est un choix compréhensible, mais le fait que les menus et les sous-titres ne bénéficient pas de traduction française risque de rebuter beaucoup de joueurs non anglophones. Le niveau de langue requis n’est pas si exigeant mais les personnages s’expriment rapidement, parfois avec des accents particuliers, ce qui ne facilite pas la compréhension. C’est d’autant plus dommage que les dialogues sont de qualité et plutôt bien joués…

POIVRE ET SEL

La première saison de The Walking Dead vient de se terminer et c’est là l’occasion d’aborder un peu tous ces épisodes dans leur globalité, ce debrief se concentrant jusque là essentiellement sur l’épisode 1. L’idée, plutôt que de proposer un test sur chacun des épisodes, est de juger ces 4 épisodes qui suivent sur ce qu’ils apportent en terme d’histoire, de rythme et surtout d’émotions. On note que l’on peut rassembler les épisodes en binômes, mettant de côté l’épisode 5, assez décevant et qui ne se contente que de clôturer sans trop d’imagination cette première saison ; mais nous y reviendrons. En terme de rythme, les épisodes 1 et 3 sont plutôt similaires alternant quelques scènes d’action mais proposant aussi des énigmes qui ne sont pas réellement difficiles mais qui demandent quelques va-et-vient assez pénibles vu le nombre de chargements. Les épisodes 2 et 4 sont mieux rythmés, faisant la part à l’action et à des scènes plutôt musclées. Ce sont d’ailleurs, à titre personnel, les épisodes les plus aboutis de cette première saison, pour leur rythme effréné, la variété des situations proposées et de lieux visités. Si l’épisode 1 pose lui les jalons de l’histoire et de la prise en main du titre, l’épisode 3 manque clairement de tonus, et propose une progression plutôt laborieuse.

Parlons maintenant un peu de l’épisode 5, qui on l’a dit, est relativement décevant. L’épisode 4 se termine sur un renversement de situation assez dramatique et qui pouvait laisser augurer d’un final époustouflant. Ce qui ne sera pas le cas. L’épisode, en plus d’être très court (moins d’une heure et demi de jeu) est en fait très prévisible. Il se permet tout juste d’enchaîner mécaniquement plusieurs scènes dans lesquelles on n’a pas vraiment l’impression de jouer, ni celle d’avoir un quelconque impact sur le déroulement du jeu. Les morts se suivent et se ressemblent, un nouveau personnage est succinctement introduit pour être tout aussi vite balayé d’un revers de main, l’intrigue concernant les parents de Clementine est expédiée sans grande imagination, vite fait mal fait, avec une mise en scène réduite à son minimum. Le final de l’épisode est lui aussi prévisible et rate le coche vu qu’on est plutôt circonspect quant à la saison 2 et ce qu’elle va bien pouvoir apporter. Réponse dans le courant de 2013 !

LIBRE ARBITRE VENDU

Une fois la saison 1 bouclée, vous pourrez si l’envie vous prend, rejouer n’importe quelle scène du jeu (il n’est pas obligatoire de finir la saison pour reprendre un épisode déjà terminé). Attention néanmoins, car cela modifiera de nouveau votre progression et tout ce qui suivra la scène que vous souhaitez reprendre devra être rejoué. Le mieux est encore de faire des copies de votre sauvegarde pour s’amuser un peu avec les choix que propose le jeu sans « ruiner » votre sauvegarde principale. Cette option qui a le mérite d’être proposée est intéressante mais elle dénature à mon sens le jeu. Certes, on nous a vendu le concept d’une histoire à multiples choix mais je ne pense pas que ce soit l’intérêt premier du jeu. Ce qui fait de The Walking Dead l’un des jeux épisodiques le plus téléchargé du moment est surtout sa manière de plonger le joueur dans un état de stress et de désarrois, voire même de culpabilité. Pouvoir, après avoir vécu tant d’évènements aux côtés de Lee et Clementine, rayer tout ça d’un coup de craie pour réécrire l’histoire déresponsabilise en un sens le joueur qui au lieu de subir ces évènements comme Lee et ses compères, peut au contraire s’en amuser sachant que finalement rien n’est définitif, que chaque choix peut être défait. Sur ce point de vue, je rejoins pleinement Dr Chocapic de Gamekult dans le dernier paragraphe de son test. De plus, cette option enlève aussi une certaine magie au titre. Rejouer certains passages vous fera prendre conscience que certaines scènes n’ont qu’une issue, quelques soient les décisions prises par le joueur. Savoir cela, quand on a finit la saison, démystifie un peu le jeu et la liberté d’action qu’il donne soi-disant au joueur. Ce n’est pas vraiment une critique en soit car il faut bien que Telltale Games puisse garder une certaine maîtrise sur l’intrigue globale du jeu, mais cela peut engendrer une déception.


Ne finissons pas sur une mauvaise note et surtout ne boudons pas notre plaisir devant une adaptation fidèle de l’univers de The Walking Dead, tout en ayant la bonne idée de proposer sa propre histoire avec ses personnages inédits pour immerger encore plus le joueur dans ses choix. Le style Comic du jeu rend honneur à la série de Robert Kirkman, l’histoire est prenante, et on se surprend très vite à s’attacher à certains personnages. Ce qui rendra certains choix difficiles à prendre. Il est dommage que des soucis techniques parfois très frustrants viennent ternir cette adaptation de qualité.